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lundi 31 août 2015

La tombe d'Aldo Moro



Vue de l'Ariturismo, le soir de l'arrivée.

Lors de mon arrivée à Torrita Tiberina samedi après-midi, il n’était pas question d’entrer sur le cimetière. On ne va pas rencontrer un vieux monsieur distingué quand on est habillée comme un épouvantail, pleine de poussière et de sueur, les cheveux crasseux.

En cours de route, je m’étais acheté une robe pour cette occasion. Elle a voyagé dans mes bagages sur Gamin, en attendant le grand jour.

Dimanche matin, ce grand moment était donc venu. Le petit sentier qui mène de l’agriturismo au cimetière est très court.

Sur le cimetière, les tombes du genre catacombe dominent. Courant pour les méridionaux, mais inhabituels pour nous autres Européens du continent central.



Le cimetière de Torrita Tiberina.
Des escaliers mobiles sont à disposition pour accéder aux tombes des rangées supérieures.

Je n’avais pas à chercher...Je suivais mon intuition. A gauche, puis vers le bas...une file de tombaux-cryptes. Tous aussi somptueux et brillants les uns que les autres...des Mini-Villas pour les défunts.


L'entrée d'une banque ? Non. Un tombeau familial


Autre tombeau. La chambre funèbre somptueuse n'a rien à envier à une véritable chapelle.

Je sais que ça ne peut pas.... alors je vais plus loin et, là, à l’angle ;  la dernière crypte, elle est différente. Même très différente... Et si c’est?...



Tout au fond, la dernière crypte...

Oui, c’est lui. Je me trouve face au tombeau d’Aldo Moro. 
Après 1800 kilomètres de montagnes, vallées, plaines, de la pluie et la chaleur torride - me voici devant la tombe d’Aldo Moro.


La petite plaque avec la photo sur l'autel rappelle qu'Eleonora Moro est également enterrée ici.

Je connaissais déjà l'apparence de la sépulture, ayant vu de photos et on m’avait prévenu à la veille que la tombe “est bien modeste et simple” -  mais là, ça me bouche un coin.

Dans la chambre funèbre, un sarcophage blanc avec le nom. Pas de croix, même pas les dates de vie. Au pied du sarcophage, une petite pierre peinte avec des tournesols et une  plaque renversée. Dessus, un ange en céramique. C’est tout. Le lierre pénètre par la fenêtre derrière dans la pièce.

C’est pourtant un ancien homme d’état qui repose ici !
Un homme qui lors de son règne s’est retrouvé dans l’éteau de la guerre froide. Il a côtoyé soviétiques et américains et il a tenté de défendre les intérêts de son peuple face aux calculs stratégiques des grandes puissances.
C’est de l’histoire, de la grande histoire  !



La petite pierre peinte avec des tournesol...Elle vaut tous les ornements en or du monde.

Mais Aldo Moro ne fait pas partie de la communauté des propriétaires de mausolées monumentales et autres ayants-droits au panthéon. Il est vraiment devenu ce “roi oublié qui dort dans la forêt enchantée des ronces.
Je mets mon dessin au pas du portail de la crypte. Il avait été réalisé à Harsault et je l’ai transporté 1800 kilomètres jusqu’ici.  Un autre petit objet sans valeur matérielle, mais rempli d’amour vient s’ajouter à la modestie du sanctuaire.



Je m’assis auprès de la tombe. Je cherche “la paix” qui y régnerait. Mais je ne la trouve pas.

Le sarcophage est un cri de douleur pétrifié.

La simplicité de la tombe est une accusation. Un défi. Son message :  Ce n’est pas un “personnage historique” qui repose ici, et pas un “symbole politique”. Non, c’est être humain. Un être qui voulait vivre, qui voulait rentrer chez lui.
Les premières larmes me montent aux yeux. Je revois ses lettres écrites lors de sa séquestration, je ressens la douleur, l’angoisse et l’émotion.
Et la réponse à toutes ces lettres, sa lutte pour la vie :  Un sarcophage.

Je n’en peux plus. Je pleure. Un “les hommes sont des ordures” m'échappe.

Je suis profondément désespérée :  je peux écrire,  dessiner, je peux venir à pied jusqu’ici, mais je ne peux pas retourner dans le temps pour aller l’aider. C’est pourtant ce que je voudrais faire, plus que tout autre chose.

Et alors vint la vision, la transe, le rêve éveille.



Je reste encore un peu, jusqu’à ce que je sens Aldo me dire : “Viens, on rentre”.

Ici, il y a des gens qui ont connu Aldo, qui furent même des amis très, très proches. On me parle de lui. Avec beaucoup de tendresse, mais aussi, avec beaucoup de douleur. Aldo a toujours écouté les autres, me dit-on. Pendant des heures, Il restait attentif, cherchait à comprendre.Et il n’a pas toujours tout compris, comme il l’avouait souvent, mais il n'a jamais cessé d’écouter.

L’image que j’avais de lui se trouve confirmé par les souvenirs de ceux qui l’ont connu. Ces récits ainsi que la tombe -  si différente des autres - me montrent que je n’ai pas suivi les traces d’une pure projection personnelle. Cet Aldo que j’ai ressenti, il existe bien.

C’est beau, c’est même inestimable, mais en même temps, c’est son drame qui lui aussi, devient encore plus réel.

Je revois l’image de son corps dans le coffre de la voiture ; amaigri, le visage à moitié découvert où est gravé tout son épuisement, sa solitude, sa souffrance. Cette image est insupportablement cruelle. Il y a toute la tristesse du monde dans ces yeux éteints.

Il a écouté les autres, mais lui n’a pas été écouté. On l’a tout simplement laissé crever misérablement.

Dans un monde où une telle bestialité est possible, il ne faut pas s’étonner qu’il y a des guerres, de l'oppression, des attentats et des massacres.
En 1978 comme aujourd’hui, nous vivons dans un monde qui célèbre la violence et la haine.

C'est très bien qu'Aldo soit caché ici, au bout du monde dans sa tombe discrète, protégé par les Torritiens, qui veillent avec respect et amour sur lui.


dimanche 24 mai 2015

Bargemon


Google ne m’avait pas révenu, certains habitants oui - mais j ne les avais as trop écoutés : Alors me voilà en entrain de longer, Gamin à la longe, une déprtementale qui se lézarde à travers un immense terrain militaire.
Tous les 100 mètres, des pancartes des deux côtés de la route interdisent formellement de mettre ne serait-ce qu’un pied à côté de la voie goudronnée.

Je fais seulement une photo. Une. Une des pancartes - et ça  juste de loin. 

Je n’oserais pas faire plus de clichés. Nous vivons en des temps très sensibles et c’est exactement pour des trucs comme ça qu’on finit par se faire tirer un drone dans le derrière - par Barrack Obama en personne. 

Le camp militaire qui apparaît après des kilomètres impressionne par sa taille et son ambiance    Obscure. La réponse française à l’infameuse l’area 51?  J’ai une pensée pour mon petit Qwertz : Il a eu de la chance d’avoir crashé sa soucoupe volante dans les Vosges, où on l’a aidé. Ici, il se serait faire autopsier à vif dans une de ces sinistres bâtisses.

Heureusement que je sors du terrain avant de devenir complètement parano. 



Bargemon est un des ces villages nichés dans le flanc de la montagne à un point qu’il n’y a pas de terrain plat assez grand pour accuillir une tente, aussi petite qu’elle soit. Sans parler de l’âne. Bref, pas la peine de frapper aux portes de ces jolies maisons.

 Je m‘adresse à la gendarmerie pour leur demander s il y a un camping municipal. 
Non, il y en a pas, mais les représentants de l’ordre téléphonent à un de leurs collègues qui lui accèpte de nous héberger, Gamin et moi, sur son terrain. Je suis ravie !

Mais la demeure en question se trouve à 4 bornes du village, en direction de Seillans. Donc ultime effort à faire. C’est l’heure du pic de la chaleur et l’avancé est très pénible. Nous sommes fatigués tous les deux. Gamin traîne et trébuche souvent. J’ai peur qu’il perd ses chaussurs et vérifie souvent, si il les a toujours bien aux sabots.

Finalement nous atteignons notre but. La maîtresse de la maison nous montre une roulotte stationnée en bas sur leur terrain et me donne la permission d’y passer la nuit. Donc du coup, pas besoin de monter la tente. 

En revanche, douche, éléctricté et vrai lit. Quel luxe !



Les deux jours suivants sont marqués par des départementales, le camping aux portes de Fayence et puis le bivouac dans un jardin d'olivier privé à Belluny






lundi 18 mai 2015

Le long chemin

Quelques jours un peu monotones d'abord ;  on devait suivre la départementale et une fois même la nationale. Sur celle-ci, une voiture de service nous interpellait pour me faire savoir que je risquais une grosse amende vu que e ne portais pas de gilet jaune.
Bon, Je ne pouvais pas déployer mes ailes pour voler au prochain garage et m'en procurer un. Alors je leur expliquais que je comptais quitter cette route dès que possible.

De toute façon, cette route avait une ambiance peu accueillante :


Bon, message clair pour tout citoyen britannique qui passerait par là.


...Bref, tout le monde dehors. Je ne demandais d'ailleurs que ça.
Les voitures qui me dépassaient à grande vitesse, sans presque pas prendre d'écart, nous fatiguaient.

"Je ressentirais cela comme une gifle" m'avait dit Didier, une rencontre aussi inattendue que merveilleuse faite auparavant. Il nous avait vus longer la route, Gamin et moi et nous invita à un coca, respectivement un seau d'eau.
Lors de notre entretien, je me suis sentie comprise comme c'est rarement le cas. Voici le vrai carburant pour notre voyage!

Après Un petit lieu nommé Saint Pierre, nous prenions une piste naturelle pour nous enfoncer dans la montagne. Nous nous perdions presque dedans. Des heures et des kilomètres sans plus voir un humain ou une maison.



Gamin avait ses nouvelles hipposandales que je lui avais acheté pour ses sabots postérieurs un peu abîmés. Ils a d'ailleurs très bien accepté ses godasses et je crois qu'il ressent un soulagement en marchant sur des chemins caillouteux. Dès que je le peux, je vais lui acheter une paire pour les antérieurs.


Ce chemin, pendant des heures.



La seule rencontre du jour fut un couple de nudistes, nichés au coin de la montagne. Ils nous avaient aperçus de loin et s'empressaient de renfiler leurs habits.

A part ça, personne. Que la nature grandiose.



Au bout de 28 Kilomètres, toujours pas de lieu habité. Mes pieds me faisaient mal et Gamin n'en pouvait plus. Alors, pour la première fois pendant ce voyage, je me décidais de camper en pleine nature.
Certes, on aurait peu être pu faire un ultime effort pour rejoindre Majastres. Mais étais-je sûre d'y trouver refuge? Et si le patelin ne contenait que des maisons verrouillées, closes, comme c'est si souvent le cas dans ces minuscules village?
Si oui, camper sans permission sur le champ de quelqu'un serait beaucoup plus critique que de planter la tente en pleine nature où, de toute manière, pratiquement personne ne passe.

Et c'est ainsi que je montais la tente près d'un petit gué.



La nuit fut agréable, mis à part le froid nocturne qui me prend régulièrement par la peau des fesses depuis que je n'ai plus mon regretté duvet. Et une bande de fourmis qui a envahi mon pot de marmelade. Les petits salopards!

Le lendemain nous repartîmes de bonne heure. Le chemin continuait, mais nous arrivions dans des contrées déjà un peu plus animées.



Ah, et n'oublions pas deux petites marques :

* Nous avons dépassés les 500 Km de fait!
* Nous sommes en route depuis un mois maintenant!




jeudi 14 mai 2015

Le temps des cerises

Après les journées des durs efforts, voici les jours des douceurs. Un peu de marche le matin et les vacances au camping 4 étoiles l'après-midi -  piscine incluse.
Une vraie vie de reine bohémienne !

Sur le camping de Volonne où nous sommes actuellement, on nous a donné une place sur un verger, au milieu des cerisiers aux branches lourdes de fruits mûrs ou mûrissants.

Je goûte, et regoûte, c'est un véritable paradis des cerises. Gamin est attaché ente les arbres et savoure l'ombre et l'herbe.



La mélancolie s'en va peu à peu. Aldo est toujours là, plus présent que jamais, mais je le vois fouiller les cerisiers plutôt que d'attendre, le quotidien dans les mains, la mort dans son trou.
Le mois de mai avec tout son enchantement et ses rêves s'épanouit autour de nous et nous enivre d'abondance et de grandeur.

Le temps des cerises est bien court, comme le dit la fameuse chanson. Pour nous aussi, ce gai rythme de ballades de camping en camping avec tous les douceurs qui vont avec, ne durera pas.
De dures étapes nous attendent, avec de long chemins arides et à chaque soir, l'incertitude de l'endroit pour le bivouac.