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mercredi 30 septembre 2015

Auguri, Aldo!

Le voilà qu’il a 99 ans, le monsieur à qui ce voyage est dédié. C’était le 23 Septembre déjà, mais la situation de connexion internet n’a pas permis une publication en temps réel.

Bon anniversaire, Aldo!


lundi 7 septembre 2015

Rome: Via Fani, Via Caetani.

Un vrai pèlerinage Aldo Moro doit contenir la visite des “rues de la douleur”, à Rome.
 J’avais très vite rejetée l’idée initiale d’aller à Rome avec un animal, que ce soit Heidi ou Gamin. On n’entre pas dans une ville qu’on ne peut pas traverser en une journée. Telle est la règle des randonneurs équestres et asins. Je dirais que c’est même pas une question de durée. La grande ville est éviter à tout prix, point barre.

J’avais donc profité de mon séjour à Torrita pour me rendre à Rome en train. Pour l’aller, je fus même acheminée en voiture par un mes hôteliers.



La Via Mario Fani, lieu du drame mortel, le 16.03.1978

La Via Fani. Ce qui la rend si sordide, c’est sa banalité : Une petite rue, comme elle existe dans n’importe quelle ville. Elle n’a absolument rien de spécial.
Dans mon imagination, la Via Fani était plus grande, plus importante et plus large. Peut-être, parce que les choses qui ont un rapport avec Aldo, sont toujours grands est spacieux. Comme le lointain azur des Pouilles ou le panorama à couper le souffle de Torrita Tiberina.

Aldo Moro et son escorte ont donc emprunté la Via Fani ce matin là, le 16 Mars 1978. Ils venaient de la Via Trionfale, où habita la famille Moro. La rue monte un peu et puis, elle croise la Via Stresa.

Le carrefour manque un peu de visibilité. Une voiture venant de la Via Stresa risque de ne pas être vue. Cette situation de base, courante, a servi de lieu idéal pour une des embuscades les plus brutales de l’histoire...

Aujourd’hui, rien ne rappelle la tragédie. La Rue est retournée à son état de banalité originel. Ah si! Une plaque commémorative indique les noms des cinq hommes d’escorte qui furent massacrés ce jour là. On y voit aussi leur photos.



 Les cinq hommes sont souvent appellés "I caduti della via Fani"  (Les tombés de la Via Fani, ou martyrs de la Via Fani) De nombreuses rues en Italie portent ce nom.

Deux ont été bien connus à Torrita. On m’a parlé d’eux. “Le chauffeur, ce fut un homme très bien, très gentil” m’a-t-on dit. Tous ont eu de la famille, des amis. Ils ont eu des plans pour l’avenir. Ils furent fauchés par la mitraille  et froidement éliminés, Un massacre sans pitié.

La plaque ne parle pas d’Aldo. Et c’est bien. Ca, on le sait, ou alors on ne le sait pas. Que veux tu que je te dise.L’escorte de Moro est encore plus oubliée que lui même. C’est donc très juste que la Via Fani leur "appartient" à eux seule.

Pour visiter la Via Caetani, il faut de nouveau prendre le bus et aller à pied. Je me noie dans une foule de touristes qui cherche “les grandes adresses”, comme le colossé. Et moi, seule, perdue, je n’ai pas d’yeux pour les grands monuments de Rome. Je suis à la recherche d’une rue que personne ne connaît et dont tout le monde s’en fout.



Un des monuments les plus photographiés du monde.  Ma photo n'a jamais eu la vocation d'être un chef d'oeuvre du genre - elle montre plutôt comme j'ai vu Rome ce jour là ; Stressée, le cœur lourd.


La Via Caetani est pareillement petite et étroite. Elle aussi, je me l’avais imaginée plus large, plus grande, plus...enfin autrement. Si les Brigades Rouges n’avaient pas signalé leur “déposition” par téléphone, il est sûr qu’on n’aurait pas retrouvé Aldo de si vite. Des jours auraient passés, jusqu’à ce que quelqu’un remarque l’odeur...

Au moins une humiliation qui lui a été épargnée.



La Via Michellangelo Caetani


Tableau de bronze commémoratif et portrait d'Ado Moro.

Là aussi, une grande plaque de bronze. Le texte qui ne se devine sur aucune photo - les miennes incluses - est beaucoup plus accusateur que je ne l’avais osé espérer. 

Je rentre à Torrita Tiberina. Oui, rentrer, car Torrita est devenu “la maison”. Une maison dont  il sera difficile de se séparer.  

lundi 31 août 2015

La tombe d'Aldo Moro



Vue de l'Ariturismo, le soir de l'arrivée.

Lors de mon arrivée à Torrita Tiberina samedi après-midi, il n’était pas question d’entrer sur le cimetière. On ne va pas rencontrer un vieux monsieur distingué quand on est habillée comme un épouvantail, pleine de poussière et de sueur, les cheveux crasseux.

En cours de route, je m’étais acheté une robe pour cette occasion. Elle a voyagé dans mes bagages sur Gamin, en attendant le grand jour.

Dimanche matin, ce grand moment était donc venu. Le petit sentier qui mène de l’agriturismo au cimetière est très court.

Sur le cimetière, les tombes du genre catacombe dominent. Courant pour les méridionaux, mais inhabituels pour nous autres Européens du continent central.



Le cimetière de Torrita Tiberina.
Des escaliers mobiles sont à disposition pour accéder aux tombes des rangées supérieures.

Je n’avais pas à chercher...Je suivais mon intuition. A gauche, puis vers le bas...une file de tombaux-cryptes. Tous aussi somptueux et brillants les uns que les autres...des Mini-Villas pour les défunts.


L'entrée d'une banque ? Non. Un tombeau familial


Autre tombeau. La chambre funèbre somptueuse n'a rien à envier à une véritable chapelle.

Je sais que ça ne peut pas.... alors je vais plus loin et, là, à l’angle ;  la dernière crypte, elle est différente. Même très différente... Et si c’est?...



Tout au fond, la dernière crypte...

Oui, c’est lui. Je me trouve face au tombeau d’Aldo Moro. 
Après 1800 kilomètres de montagnes, vallées, plaines, de la pluie et la chaleur torride - me voici devant la tombe d’Aldo Moro.


La petite plaque avec la photo sur l'autel rappelle qu'Eleonora Moro est également enterrée ici.

Je connaissais déjà l'apparence de la sépulture, ayant vu de photos et on m’avait prévenu à la veille que la tombe “est bien modeste et simple” -  mais là, ça me bouche un coin.

Dans la chambre funèbre, un sarcophage blanc avec le nom. Pas de croix, même pas les dates de vie. Au pied du sarcophage, une petite pierre peinte avec des tournesols et une  plaque renversée. Dessus, un ange en céramique. C’est tout. Le lierre pénètre par la fenêtre derrière dans la pièce.

C’est pourtant un ancien homme d’état qui repose ici !
Un homme qui lors de son règne s’est retrouvé dans l’éteau de la guerre froide. Il a côtoyé soviétiques et américains et il a tenté de défendre les intérêts de son peuple face aux calculs stratégiques des grandes puissances.
C’est de l’histoire, de la grande histoire  !



La petite pierre peinte avec des tournesol...Elle vaut tous les ornements en or du monde.

Mais Aldo Moro ne fait pas partie de la communauté des propriétaires de mausolées monumentales et autres ayants-droits au panthéon. Il est vraiment devenu ce “roi oublié qui dort dans la forêt enchantée des ronces.
Je mets mon dessin au pas du portail de la crypte. Il avait été réalisé à Harsault et je l’ai transporté 1800 kilomètres jusqu’ici.  Un autre petit objet sans valeur matérielle, mais rempli d’amour vient s’ajouter à la modestie du sanctuaire.



Je m’assis auprès de la tombe. Je cherche “la paix” qui y régnerait. Mais je ne la trouve pas.

Le sarcophage est un cri de douleur pétrifié.

La simplicité de la tombe est une accusation. Un défi. Son message :  Ce n’est pas un “personnage historique” qui repose ici, et pas un “symbole politique”. Non, c’est être humain. Un être qui voulait vivre, qui voulait rentrer chez lui.
Les premières larmes me montent aux yeux. Je revois ses lettres écrites lors de sa séquestration, je ressens la douleur, l’angoisse et l’émotion.
Et la réponse à toutes ces lettres, sa lutte pour la vie :  Un sarcophage.

Je n’en peux plus. Je pleure. Un “les hommes sont des ordures” m'échappe.

Je suis profondément désespérée :  je peux écrire,  dessiner, je peux venir à pied jusqu’ici, mais je ne peux pas retourner dans le temps pour aller l’aider. C’est pourtant ce que je voudrais faire, plus que tout autre chose.

Et alors vint la vision, la transe, le rêve éveille.



Je reste encore un peu, jusqu’à ce que je sens Aldo me dire : “Viens, on rentre”.

Ici, il y a des gens qui ont connu Aldo, qui furent même des amis très, très proches. On me parle de lui. Avec beaucoup de tendresse, mais aussi, avec beaucoup de douleur. Aldo a toujours écouté les autres, me dit-on. Pendant des heures, Il restait attentif, cherchait à comprendre.Et il n’a pas toujours tout compris, comme il l’avouait souvent, mais il n'a jamais cessé d’écouter.

L’image que j’avais de lui se trouve confirmé par les souvenirs de ceux qui l’ont connu. Ces récits ainsi que la tombe -  si différente des autres - me montrent que je n’ai pas suivi les traces d’une pure projection personnelle. Cet Aldo que j’ai ressenti, il existe bien.

C’est beau, c’est même inestimable, mais en même temps, c’est son drame qui lui aussi, devient encore plus réel.

Je revois l’image de son corps dans le coffre de la voiture ; amaigri, le visage à moitié découvert où est gravé tout son épuisement, sa solitude, sa souffrance. Cette image est insupportablement cruelle. Il y a toute la tristesse du monde dans ces yeux éteints.

Il a écouté les autres, mais lui n’a pas été écouté. On l’a tout simplement laissé crever misérablement.

Dans un monde où une telle bestialité est possible, il ne faut pas s’étonner qu’il y a des guerres, de l'oppression, des attentats et des massacres.
En 1978 comme aujourd’hui, nous vivons dans un monde qui célèbre la violence et la haine.

C'est très bien qu'Aldo soit caché ici, au bout du monde dans sa tombe discrète, protégé par les Torritiens, qui veillent avec respect et amour sur lui.


TORRITA TIBERINA

Torrita Tiberina...Aldo, la fin de la première partie du pèlerinage.

Mais commençons par le début.

Nous quittions donc Gradoli en faisant le tour (la moitié) du lac de Bolsena. Un autre centre équestre, situé près de Montefiascone, était prêt à nous accueillir et cela nous faisait donc une bonne trotte de 20 kilomètres, en passant par la petite cité de Marta, où je me trouvais confrontée avec une vague de gentillesse et de générosité de la part des habitants et des touristes.

(Décidement: le lac de Bolséna est un lieu très positif.)

Je fis aussi la rencontre d’une jeune femme, Chiara, gérante d’une ferme pédagogique à Viterbo. Elle m’invita à venir chez elle après mon séjour à Montefiascone. Les nuitées jusqu’à Viterbo étaient donc assurées. Même plus loin, puisque à Canepina, une amie de Chiara nous logea à son tour sur son terrain.


L’avancée dans le Latium était facile. Oubliées les durs journées dans les collines de la Toscane. Le grand but, Torrita Tiberina, approcha!

Torrita Tiberina! Aldo!

C’est à Fabrica di Roma, où nous avions trouvé refuge chez un particulier que je me rendais compte que mon arrivée et mon séjour à Torrita Tiberina coïncidera avec la pleine lune.


La dernière pleine lune avant mon 50 anniversaire.
La dernière lune de l’été de ma vie.
Cette lune là, je la partagerai avec Aldo. 
Lui m’accompagnera vers l’automne, vers Septembre.


Je pris conscience que tout se fait en temps juste et à la bonne place. Il n’y a pas de “retard” dans mon pèlerinage, ni de l’avance. Tout est harmonieux.

Après Fabrica di Roma, c’est au bord de la rivière près de Civita Castellana que nous campions. J’étais déjà bien excitée, car demain, oui, demain sera l’étape finale pour Torrita Tiberina.

Une assez grosse étape de 24 kilomètres, qu’on aurait pu couper en deux, certes, mais j’avais vraiment trop hâte d’ arriver à Torrita. L’apell d’Aldo était devenu si fort, si puissant que je le sentais physiqument.



Gamin sur la route vers Torrita Tiberina

De beaux chemins de terre majoritairement, côtoyés par des mûres sauvages que je goûtais à tous les dix mètres. Mais dont les ronces nous griffaient aussi impitoyablement, Gamin et moi. Plus j’approchais Torrita, plus j’avais l’impression de pénétrer pour de vrai, cette forêt de ronces mythique qui garderait le sommeil de mon roi oublié.

Sur les derniers kilomètres, un mal au pieds fou me tortura. Je n'en pouvais plus.


Les derniers kilomètres, le long du Tévère. Un paysage parfois comme issue d'une carte de Tarot.

Des pensées très noires  m’obsèdaient ; des rafales de nihilisme, des tentatives de chantage du genre “Aldo, tu m’aides tout de suite ou alors c’est la preuve que tu te fous totalement de moi” - rien ne fut trop bas et trop minable en ce moment de lutte contre la fatigue, le mal physique et moral.

Enfin j’atteignais les premières maisons. Une dame me salua et m’offrit une bouteille d’eau froide. Elle me proposa tout de suite de camper chez elle - Ah, si j’avais su que c’était si facile de trouver un abri  à Torrita! Eh bien, j’avais réservé un Agriturismo un an à l’avance et je devais bien entendu, m’y rendre.
Mais toujours est-il que ce premier contact chaleureux me donna la force pour accomplir la dernière grimpette vers Torrita. Car j'avais éte sur le point de cesser de croire en l’existence de Torrita en général et de l’Agriturismo en particulier.  Vint  alors vers nous une voiture, dans la quelle se trouva le père du gérant de ledit Agriturismo.


La Porte qui mène au cimetière..

.Il est difficile de décrire mes sentiments, quand je me trouvais face à cette allée qui mène droit au cimetière. Derrière, à pas plus de cent mètres, se trouve l’agriturismo. La pancarte rouge que l'on devine sur la photo indique le sentier à droite, pur s'y rendre.
 J’allais donc habiter pratiquement à côté d’Aldo!

samedi 29 août 2015

Gradoli

Après la traversée de la montagne Amiata, le paysage changea visiblement: Plus vert, plus boisé, une végétation presque centre-Européenne. Fini les collines vides de la Toscane. Le Latium n’était plus très loin. Et en effet, après avoir passé une nuit chez le centre équestre Belvedere près de Sorano, nous traversâmes la frontière entre la Toscane et le Latium - en route pour Gradoli!


Le Belvedere. Superbe club équestre accueillant. L'esprit cavalier toujours aussi vivant.

Gradoli est la première cité au programme du voyage, ayant un rapport propre avec Aldo Moro. Donc un lieu à ne pas rater.
Gradoli, C’est une histoire oubliée. - même les Italiens ne la connaissent souvent pas.

Come toujours dans le drame d’Aldo, les choses ne sont pas très claires : Mais apparament, Romano Prodi, qui plus tard deviendra président de la Commission Européenne, se serait rendu à une...enfin, une séance spiritiste.
Ceci dans l’espoir de trouver ainsi le lieu de captivité de Moro. Au cours de cette séance: Le nom de GRADOLI est évoqué.



A l'approche de Gradoli, le lac de Bolsena s'étend au loin.

Prodi suggèra alors de chercher dans une Via Gradoli à Rome. Mais Francessco Cossiga, le ministre de l’intérieur, prétendit qu’aucune rue de ce nom n’existe dans la capitale. Un mensonge pur et simple.
“Mais il y a ce village nomé Gradoli”, disait-il. “Alors dans le souci de tout essayer, on va aller chercher là-bas”
Gradoli le village, a donc eu droit à une Razzia en ces jours de printemps de l’an 1978. Le patelin fut passé au peigne fin. Bien entendu, aucune trace d’Aldo ne fut trouvée.

Et pendant ce temps, à Rome, à la Via Gradoli, s’y trouve l’appartement de Mario Moretti, chef des Brigades Rouges, qui plus tard, sera l’assassin d’Aldo.

Incompétence infinie ou alors une manouevre louche pour détourner l’attention publique ? Beaucoup d’indices parlent en faveur de la dernière version.



Le lac de Bolsena au crépuscule. Un instant de magie.

Donc Gradoli, la petite bourgade au nom si joli qui surplombe le lac de Bolsena... Gradoli, nous voici!
La route vers Gradoli mène à travers des forêts de chênes, châtaignes et des figuiers. Un paysage étrangement familier et exotique à la fois. Je me sens légère, enchantée. Mêùe Gamin est toujours en pleine forme, alors qu’on a tout de même fait 20 bornes.

Nous traversons Gradoli pour descendre au lac de Bolsena, où e trouve un camping. Le Camping La Grata. Je l’avais réservé une année à l’avance, parce que tout comme Torrita Tiberina et Maglie, Gradoli est un lieu où je ne voudrais passer un séjour sans avoir à chercher un refuge.


Le coeur de Gradoli, avec le Palazzo

A notre arrivée, les autres campeurs se précipitaient sur nous, nous applaudissant et en nos souhaitant la bienvenue. Apparament, Giulia la gérante, les avait avertis au préalable de notre venue.
Quelle convivialité, quelle joie! Et un lieu absolument superbe!

Le lendemain, Giulia m’emenait à Gradoli pour que je puisse y faire des courses, mais aussi pour me montrer la ville. Elle a une mère autrichienne, est donc parfaitement bilingue allemand-italien, et bien entendu, elle est née à Gradoli.

Dans le magasin où je fouille les cartes postales, deux dames se souviennt bien du temps de la “visite d’état” à Gradoli. “Ils ont fouillé moin terrain, ils étaient partout”. Mes raconntent elles. Giulia leur explique le pourquoi de mon voyage. Elles sont si émues qu’elles m’offrent les cartes postales que j’ai choisies.



Les ruelles de Gradoli

Je suis absolument décidée de revenir à Gradoli et le Camping LaGrata, rien que pour passer des vacances “normales”.

mardi 11 août 2015

Ruée vers la Toscane, Part 1

Federica ne nous avait pas laissé partir sans s’assurer que nous aurons un quartier pour les deux prochaines nuits: Un chez une de ses amies et l’autre, plus loin, dans le centre équestre Ippomare. 

Ce dernier quand à lui, téléphonait  à un autre manège situé à Pietrasanta qui nous accueilla à son tour. Une grande écurie avec plus de vingt chevaux et des Bovins énormes.


Plus grand qu'un grand cheval! 

Marino, le propriétaire de cette écurie, me faisait remarquer que selon lui, les sabots de Gamin étaient pas mal usés. 

Ferrer ou non les équidés est un sujet très controversé dans le monde équestre. En général, on dit que les ânes n’ont pas besoin d’être ferrés, car la corne de leur sabots est plus dure que chez les chevaux. De plus, un âne avec des fers aura beaucoup plus de mal à “tenir” sur la roche et les pentes caillouteuses de la montagne. Il était donc tout à fait normal pour moi de partir avec Gamin pieds nus.

Mais après 3 mois de marche intense - avec beaucoup de goudron, il faut l’admettre - il fallait reviser la stratégie. Je consentais donc à faire venir le maréchal ferrant.

A ma connaissance, Gamin n’avait jamais été ferré auparavant. Je me doutais bien que cela n’allait pas être facile. Le maréchal ferrant ayant été par surcroît plutôt rustique dans la manière à traiter ses clients quadrupèdes, Gamin a passé une mauvaise heure. Et bien plus que ça, comme il allait s’avérer plus tard...

Après les premiers pas bancals et hésitants, l’âne retrouvait son équilibre et j’avais l’impression qu’il avançait même mieux avec ses godasses en ferraille.


En quittant Pietrasanta

Et c’est ainsi que nous nous enfoncions dans la Toscane. J’avais hâte de pénétrer dans un territoire moins montagneux, plus vaste. 
Les liguriens, adeptes de l’auto-critique, n’avaient pas cessé de me prédire ô combien le voyage sera plus facile en Toscane avec des gens “plus ouverts”, et “plus accueillants”. 

Au début, le paysage était plutôt une “Ligurie light” avec toujours des grimpettes méchantes.


Le charme toscan

Mais à fur et à mesure, le paysage s’ouvrit et en effet, l’avancée devint plus aisée. De nouvelles belles rencontres se faisiaent, comme chez cette famille qui avait fait apel à un journaliste pour qu’il crée l’article que vous avez vu dans l'avant-dernier post.


Et toujours: Le grand émoi quand je parle d’Aldo Moro et du but de mon pèlerinage. 

Étrange différence de perspective: Alors que pour moi, il est évident que le souvenir d’Aldo est bien plus présent en Italie qu’ailleurs, les italiens ont pour la grande majorité la sensation qu’il est oublié chez eux. D’où la reconnaissance et la gratitude envers mon projet. 
Cet oubli, “c’est l’indifférence” disent ils, mais aussi :” C’est un oubli forcé, volontiers.”. Plusieurs personnes m’ont raconté indépendamment que des enseignants refuseraient de traiter le sujet à l’école avec les paroles : “On ne parle pas d’Aldo Moro”.

Autre fait étonnant: Aldo est tout aussi apprécié par les personnes politiquement de gauche que celles du centre-conservateur. C’est avant tout l’être humain dont on se souvient. La politique, c’est trop loin dans le passé. 
Cependant, évoquer ses anciens “amis” du parti “DC” comme Andreotti ou Cossiga, permet d’apprendre un tas de nouveaux gros mots et autres titres de noblesse italiens ;-)



Vers la Toscane



Les grands espaces de la Toscane sont peu peuplés. Beaucoup de fermes vides et abandonnées, ou alors les villas closes télésurvéillés. Comme quoi chaque jour, nous avions du parcourir beaucoup plus de kilomètres que prévu pour trouver le lieu de bivouac.
Vint s’ajouter la canicule meurtière, surtout dans les zones de “desert”.  Ce sont des kilomètres et des kilomètres de collines avec rien d’autre que l’herbe rase et seche, du sable et des cailloux. Pas d’ombre, pas d’eau. Rien. 
Un avant-goût de la Basilacate avec ses zones de desert franches.
20 à 25 kilomètres par jour - nous avons traversé la Toscane comme si on avait avalé un TGV. Un tour de force sans jour de repos, toujours en course contre le soleil, contre la montre. 

Une vitesse de croisière d’enfer que nous devrions bientôt payer cher...  



"Il deserto Italiano"

dimanche 2 août 2015

Photo de Famillie

A l'attention de Didier et Pierre ;-)

Cet article récent montre une famille qui m'a accueille il y a quelques jours. Ce sont aussi eux qui ont apellé le journaliste pour qu'il fasse cet article. Ce fut une rencontre particulièrement belle, j'e parlerai plus tard.


mardi 28 juillet 2015

Art d'En Route: La Canicule


La canicule en ces jours - ou plutôt semaines - est insupportable et même les désincarnés ont soif.

jeudi 25 juin 2015

Aldo en Italie

Alors que ma “mission” en France consistait surtout à rappeler aux gens qui était Aldo Moro - voire carrément leur en apprendre l’existence, il en est tout autre en Italie.

Je m’étais souvent posé la question comment Aldo est perçu dans l’Italie actuelle. Se souvient-on de lui ? Est il bien ou mal vu? 
Bien entendu, un homme politique sera toujours controversé, mais quelle est la perception moyenne ?

Aldo Moro 1916 - 1978


Il est certainement trop tôt pour tirer un bilan définitif, puisque je me trouve qu’au début de la traversée de la botte, en Ligurie. Il y aura encore bien des régions et des provinces à découvrir. Mais l’expérience faite jusqu’à ce jour donne une image surprenante :  Aldo suscite une émotion de tendresse spontanée et remarquable chez de nombreux citoyens.


Après la traversée de la Montagne entre Bajardo et Badalucco, je me dirigeais vers un restaurant au bord de la route, sachant très bien que ce ne serait pas chez eux que je pourrais camper. Mais en général, c’est dans ces établissements qu’on reçoit les renseignements utiles quand à qui s’adresser.

La porte de la cuisine était entrouverte. La patronne y discutait vivement avec un vendeur ambulant, tout en refusant de lui prendre quoi que ce soit. Le garçon et l’aide cuisine m’aperçurent et venaient vers moi, tout enthousiastes. Je leur exposais ma situation et ils appelaient la patronne. Celle-ci, encore enervée par la visite du colporteur, m’inspectait avec un œil méfiant.

Elle va jusque dans les Pouilles” lui disait le garçon.
Et pourquoi vous faites ça ?”
Avant que je ne puisse répondre à la question de la Capo, le garçon intervenait :”Elle fait ça pour Aldo Moro

En ce même moment, le visage de la patronne changea du gris-méfiant au rose-radieux.
Bon, va lui chercher une bouteille d’eau fraîche!
A sa demande si j’avais faim, je diais “oui”.

Elle se dirigea alors vers un plat prêt à servir, versa le contenu dans un carton thermo et me passa le tout: “Tenez, Le client attendra” disait elle. “Allez vers Badalucco, ce n’est plus tès loin. Vous y trouverez un coin pour la tente. C’est très, très beau ce que vous faites pour Moro.”



Le chemin vers l'église de Badalucco 

Sur le caming “Bella Vista” où Gamin fut la star du soir et entouré par tous les voisins on me demanda évidement aussi “pour quoi, pour qui.” Suite à ma réponse, des visages incrédules ; 
Pour Aldo Moro? Pour *notre* Aldo Moro?
Oui, pour votre gentil Aldo Moro


Gamin, Star du "Bella Vista Campeggio" 

Dans l’espace de quelques minutes, on me passa un saucisson, un plat de spaghettis, de la limonade et un verre de vin. Des hommes m’aidaient à planter la tente - bref, j’étais traitée comme une reine.
Quand à Gamin, au moins dix mains à la fois lui tendaient des carottes et autres friandises.

Une autre fois, sur la route au bord de la mer, un cycliste s’arrêta. 
Vif d’esprit, il avait vu mon T-Shirt avec la photo d’Aldo, le bâton de marche et l’âne et tiré la bonne conclusion : “Vous faites un pèlerinage pour Aldo Moro? C’est pas vrai, non ?”
Si, exactement.

Il descendit du vélo, me tendait la main, visiblement ému 
Que Dieu vous bénisse. IL a été victime d’hommes extrêmement méchants. Merci de faire ça pour lui

Une phrase que j’entends assez souvent est: “Le seul et unique politicien honnête du pays”. 

Italie est un pays avec une population majoritairement dégoûtée par la politique. On se souvient d’Aldo Moro avec un mélange de tristesse et de sensation de culpabilité diffuse, sachant que malgré tout, on l’oublie trop souvent. 



Piazza Aldo Moro à Noli

On me raconte que certains hommes politiques actuels essayeraient de copier la douceur d’Aldo afin de paraître plus attractif, (et en même temps intègre) mais que cet artifice est plus répugnant qu’autre chose.

Une grandie partie des gens est absolument persuadé qu’ Aldo Moro fut victime d’un complot d’extrême droite qui, en collaboration avec la CIA à la solde de Kissinger avait infiltré les Brigades Rouges afin de liquider Moro et ainsi d’empêcher son “Compromiso storico”, le compromis historique qui prévoyait une alliance de son parti avec les communistes de Berlinguer.


Ce qui n'a jamais été

Le "Ce qui aurait pu être, si..." plane un peu sur le pays, surtout en ces jours.
Le gouvernement du "compromiso storico" sous Moro-Berlinguer aurait-il été couronné de succès ? Une innovation ? Un véritable nouveau chemin qui aurait libéré le meilleur des deux pour le salut du peuple ? 

Ou (plus probablement) cette alliance "impossible" se serait effondrée peu après sous la charge de disputes et querelles sans fin. Nous ne le saurons jamais. Reste un rêve qui a été noyé dans le sang avant même d'avoir reçu au moins une petite chance de devenir réalité. 



En pensant à "mon et à leur Aldo".




samedi 30 mai 2015

Ce pays est à toi...


Plus nous nous approchions de la côte d’azur, plus nous nous baladions dans des villages  qui s'enchaînent les un les autres.

C’est un royaume de belles villas, dissimulées derrières des murs et des portails électroniques.
Aucun espace public, aussi petit soit-il. Le voyageur est contraint de rester strictement sur la route, ce qui rappelle un peu la traversée du camp militaire Canjures.  Et comme là bas, il y a partout des pancartes “dissuasives” ; “Voisins vigilants” ...”Attention chien méchant”...”chien encore plus méchant...” ..”Propriété privé, défense d’entrer, accès interdit”....
Des autocollants publicitaires sur les boîtes à lettres vantent fièrement les entreprises de sécurité qui ont fourni le matériel.



La meilleure était un panneau qui menaçait : “Terrain piégé”.
‘faut le faire.

Le fameux veset de la chanson “this land is your land” de Woody Guthrie me vient en tête :

As I went walking I saw a sign there
And on the sign it said "No Trespassing."
But on the other side it didn't say nothing,
That side was made for you and me.

A la longue, ces demeures hyper-sécurisées m’aparaissent de plus en plus comme des prisons.
Des prisons de haut gamme certes, mais tout de même des prisons. Les gens se claquemurent eux-mêmes, faisant de leur peur leur geôlier.

Bon, ne soyons pas injustes. Je sais bien que le monde est peuplé de malfrats qui sont attirés par la “richesse” de ces quartiers.Et qui sait - je ferais sans doute pareil, si ma maison se trouvait ici et non dans les Vosges.

Aldo Moro lui aussi ne vivait pas dans une cabanne ouverte pour tous, mais dans une maison très sécurisée et avec des gardes du corps.
Et comme nous le savons, ses craintes ne furent pas injustifiées.








jeudi 14 mai 2015

Le temps des cerises

Après les journées des durs efforts, voici les jours des douceurs. Un peu de marche le matin et les vacances au camping 4 étoiles l'après-midi -  piscine incluse.
Une vraie vie de reine bohémienne !

Sur le camping de Volonne où nous sommes actuellement, on nous a donné une place sur un verger, au milieu des cerisiers aux branches lourdes de fruits mûrs ou mûrissants.

Je goûte, et regoûte, c'est un véritable paradis des cerises. Gamin est attaché ente les arbres et savoure l'ombre et l'herbe.



La mélancolie s'en va peu à peu. Aldo est toujours là, plus présent que jamais, mais je le vois fouiller les cerisiers plutôt que d'attendre, le quotidien dans les mains, la mort dans son trou.
Le mois de mai avec tout son enchantement et ses rêves s'épanouit autour de nous et nous enivre d'abondance et de grandeur.

Le temps des cerises est bien court, comme le dit la fameuse chanson. Pour nous aussi, ce gai rythme de ballades de camping en camping avec tous les douceurs qui vont avec, ne durera pas.
De dures étapes nous attendent, avec de long chemins arides et à chaque soir, l'incertitude de l'endroit pour le bivouac.


lundi 11 mai 2015

L'anniversaire de sang


Le 9 Mai était l'anniversaire du Meurtre d'Aldo Moro. Après 55 jours de séquestration, ce fut la fin dans le sang. 
Cet anniversaire est toujours pénible, mais cette année, sur le chemin du pèlerinage, ce fut encore plus dur pour moi. Tout ce voyage lui étant dédié, la sensibilité est accrue. Je me sens triste et vulnérable.

Je traverse les "chemins du soleil" de la Haute Provence. Le chant des Grillons me renvoie l'écho de ma solitude, de la tristesse.

Dans la tente, je m'efforce de faire un dessin optimiste avec Aldo...Je voudrais le voir nous tendre la main. Mais il se refuse. Pas moyen de diriger les crayons en sorte de créer cette image. Alors je me laisse guider et voilà ce qui en résulte. Un Aldo toujours blessé.



Cest là tout e fardeau d'un pèlerinage individuel. Personne ne partage vos passions, vos chagrins. C'est un chemin solitaire.

Arès deux jours de marche  sous un soleil ardent, nous voici arrivés à Sisteron. Le beau camping du pré Haut sera notre base pour deux ou trois jours de repos.

jeudi 30 avril 2015

Route des Cols

La météo avait annocé le mauvais temps - eh bien non, le soleil nous accompagnait quasiment toute la journée. La marche sur la route des cols était bien calme et nous dédommageait de  l'horreur vécue sur le GR infernal.

Quand on peut marcher sans avoir à surveiller le moindre petit pas sous peine de tomber dans un gouffre, on peut s'adonner aux rêveries et aux pensées. Je pense bien évidemment souvent à Aldo. 
Le fait que mon pèlerinage lui est dédié, surprend beaucoup plus les gens recontrés que le fait que je voyage avec un âne ou encore le fait que voyage seule et si loin.




À la paroisse de Léoncel, où on accueille beaucoup de pèlerins, mon projet à rencontré beaucoup d’intérêt. J'avais pourtant précisé que je ne suis pas catholique et que mon pèlerinage n'est pas "officiel". "Ca ne fait rien. Un pèlerinage, c'est personel. À chacun sa voie. Et ce que vous faites, c'est bon pour Aldo, ça lui fait plaisir"
Un exemple vivant d'ouverture d'esprit et de tolérance interreligieuse. Que c'est rare de nos jours. 



Peu de gens se souviennent d'Aldo Moro.  Je leur explique alors brèvement quel homme il était et ce qui lui est arrivé. Et puis, oui - ça lui fait du bien, je le sens et je le sais. 
Et à moi aussi.

Traverser ainsi le pays, ravivant sa mémoire, c'est un peu vaincre le mal qui s'est penché sur lui, il y a presque quarante ans, maintenant. 
Les esprits froids et cyniques qui ont décidé de son sort - et il y en avait un paquet -  n'auront pas eu le dernier mot. Le cri de son cœur est toujours audible, toujours vivant.


Nuit glaciale passée à Lente. Le lendelain matin, Gamin avait es fesses gelées. Et moi aussi.

vendredi 10 avril 2015

A bout du rêve

La semaine approche sa fin..Dernière visite chez le dentiste, on a découvert et bouché un pt'it trou inattendu...Dernier ça, dernier ci...Je range chez moi, je jette pas mal de choses. Une étape de vie se termine impitoyablement.
La dynamique est lancée et prend de la vitesse. Milles choses me passent par la tête.



Oui, la phase "de dialogue" avec Aldo semble être - pas terminée, mais suspendue. Plus de rêves, d'intuitions et d'inspirations. C'est comme si il disait :  "On ne rêve plus là. Maintenant, c'est l'heure du vécu, de l'action. Tu vas partir et tu me retrouveras à Torrita Tiberina. Mais en route, je serais à tes côtés."

Plein d'émotions en ces derniers jours. Mais l'enthousiasme est bien plus grand que appréhension.

jeudi 12 mars 2015

Qui es tu ?

Le côté pratique du pèlerinage commence à prendre forme et rentre en ordre. Je sens qu’il est temps de me tourner vers l’intérieur, vers celui à qui ce périple est dédié : Aldo Moro.

Aldo s’exprime en adoptant de multiples visages. Aussi étrange que cela puisse paraître, mais parfois je me sens comme plongée dans le conte de la belle au bois dormant. Mais toutefois avec les rôles inversés. Je suis la princesse qui part à la recherche du prince endormi depuis 100 ans.
Un prince qui a connu un destin tragique mais qui, par la grâce d’une bonne fée n’est pas mort à part entière. Une goutte de sang et une larme sont tombées sur une pétale de rose, gisant au pied de sa tombe. Un rosier y est né, a grandi et s’est épanoui pour créer une forêt épaisse de fleurs et d’épines invisibles, dont les ronces entourent le monde entier.

Rares sont ceux qui perçoivent l'appel qui vient de ce lieu secret. Et parmi ceux qui l’entendent et s’en vont pour le suivre, peu aboutissent. Car la forêt de roses est dense et ses épines sont impitoyables.

Vais-je parvenir à passer entre les ronces ?
Il y aura-t-il jamais la bise magique, celle qui engendra le réveil, la résurrection ?

Aldo Moro  se présente à moi aussi comme l’homme viril à la fleur de l’âge. Le professeur, le philosophe, le politicien. Il m’instruit, il me fait repasser mes leçons d’Italien et m’invite à franchir les obstacles, toujours à la recherche de la dernière frontière.
Aldo Moro a ses principes et sa dignité. Il peut être capricieux. Il se refuse, quand il n’a pas envie de suivre.

Aldo Moro, c’est aussi le grand-père. Le vieillard aux yeux doux, avec qui on aimerait rester assis des après-midis entiers sur la terrasse, rien que pour le voir respirer, tendrement attentif à ses soupirs occasionnels.
Et Aldo, c’est également le petit garçon qui invite la petite fillette qui vit en moi à jouer avec lui. Il rit, il fait des bêtises et il rêve toutes es étoiles.