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mardi 27 octobre 2015

L'entreé en Apulie

La Ligurie, La Toscane, Le Latium, les Abruzzes, Molise ...5 régions italiennes traversées en 6 mois et nous voici, Gamin et moi, arrivées dans la sixième, la région de destination de ce pèlerinage: Les Pouilles.

Les Pouilles couvrent le talon de la botte italienne. Elles sont divisées en plusieures parties: dont Gargano, la Tavoliere delle puglie et la péninsule Salento. Chaque partie a une culture bien distincte. Maglie, la Ville natale d’Aldo Moro, se trouve sur le Salento.  Il nous faut donc traverser pratiquement toute la région du nord au sud pour arriver au but.


En allant vers Torremaggiore
Les Pouilles, cette terre pourtant assez grande, mène une existence plutôt discrète dans la perception extérieure...L’Italie du Sud, c’est la Sicile et la Calabre, Naples à la limite, mais les Pouilles? On en parle que très peu chez nous.

Mais même en Italie, la Puglia semblent être une “terra icognita.” Dans le nord, peu de gens savent qu’Aldo était apulien et encore moins qu’il était de Maglie ou encore qu’une ville de ce nom existe.
Les animosités de certains italiens du nord envers les méridionaux se concentrent surtout sur la Sicile, notamment la ville de Palerme qui est considérée comme étant un très mauvais endroit. Quand aux Pouilles, on convient sur le fait qu’elles sont belles mais on n’a que peu de sympathie avec ses habitants. “Tutti Stronzi” (Tous des cons) avait insisté la serveuse d’un Bar près de Gênes.
“Fais bien attention! Dans les Pouilles tu ne pourras plus camper comme ça, n’importe où! Ces sont tous des délinquants” m’avait-t-on prévenu en Molise.

Les Pouilles: Enfer ou Paradis.?
Ce paysage, qui semble pourtant être animé par la même douceur mélancolique qui habite dans les yeux d’Aldo Moro, cacherait-il une réalité brutale?


Gamin sur la route apulienne...Quel chemin de fait depuis l'Ardèche.

La vérité se trouve quelque part entre les avertissements des compatriotes et mes rêves romantiques de mer cristalline, des Trullis et des Oliviers millénaires.

Après avoir quitté “l’oasis” de la frontière moliso-apulienne, notre première destination était Torremaggiore. J’y avais réservé par téléphone une chambre chez un agriturismo, la Villa Ciaccia. Celle-ci me rappela peu après ma réservation pour me dire qu’ils avaient vu sur internet qui j’étais et ce que je faisais et qu’on était heureux de m’offrir la chambre à titre gratuit. J’en restais bouche bé.

Le ciel de Torremaggiore était moins généreux et préparait un gros orage avec un sacré vent quand nous nous approchions de la ville. Quand nous atteignions la Villa, les premières gouttes mouillaient déjà la tête du pauvre Gamin, qui déteste la pluie comme au premier jour.

Le séjour fut parfait si bien que j’acceptais volontiers la proposition de rester un jour de plus, puisque la météo était plus que mauvaise.

Notre entrée en Apulie (j’adore le nom plus ancien de cette région) était donc sous une bonne augure.

Devant la Villa Ciaccia

jeudi 25 juin 2015

Aldo en Italie

Alors que ma “mission” en France consistait surtout à rappeler aux gens qui était Aldo Moro - voire carrément leur en apprendre l’existence, il en est tout autre en Italie.

Je m’étais souvent posé la question comment Aldo est perçu dans l’Italie actuelle. Se souvient-on de lui ? Est il bien ou mal vu? 
Bien entendu, un homme politique sera toujours controversé, mais quelle est la perception moyenne ?

Aldo Moro 1916 - 1978


Il est certainement trop tôt pour tirer un bilan définitif, puisque je me trouve qu’au début de la traversée de la botte, en Ligurie. Il y aura encore bien des régions et des provinces à découvrir. Mais l’expérience faite jusqu’à ce jour donne une image surprenante :  Aldo suscite une émotion de tendresse spontanée et remarquable chez de nombreux citoyens.


Après la traversée de la Montagne entre Bajardo et Badalucco, je me dirigeais vers un restaurant au bord de la route, sachant très bien que ce ne serait pas chez eux que je pourrais camper. Mais en général, c’est dans ces établissements qu’on reçoit les renseignements utiles quand à qui s’adresser.

La porte de la cuisine était entrouverte. La patronne y discutait vivement avec un vendeur ambulant, tout en refusant de lui prendre quoi que ce soit. Le garçon et l’aide cuisine m’aperçurent et venaient vers moi, tout enthousiastes. Je leur exposais ma situation et ils appelaient la patronne. Celle-ci, encore enervée par la visite du colporteur, m’inspectait avec un œil méfiant.

Elle va jusque dans les Pouilles” lui disait le garçon.
Et pourquoi vous faites ça ?”
Avant que je ne puisse répondre à la question de la Capo, le garçon intervenait :”Elle fait ça pour Aldo Moro

En ce même moment, le visage de la patronne changea du gris-méfiant au rose-radieux.
Bon, va lui chercher une bouteille d’eau fraîche!
A sa demande si j’avais faim, je diais “oui”.

Elle se dirigea alors vers un plat prêt à servir, versa le contenu dans un carton thermo et me passa le tout: “Tenez, Le client attendra” disait elle. “Allez vers Badalucco, ce n’est plus tès loin. Vous y trouverez un coin pour la tente. C’est très, très beau ce que vous faites pour Moro.”



Le chemin vers l'église de Badalucco 

Sur le caming “Bella Vista” où Gamin fut la star du soir et entouré par tous les voisins on me demanda évidement aussi “pour quoi, pour qui.” Suite à ma réponse, des visages incrédules ; 
Pour Aldo Moro? Pour *notre* Aldo Moro?
Oui, pour votre gentil Aldo Moro


Gamin, Star du "Bella Vista Campeggio" 

Dans l’espace de quelques minutes, on me passa un saucisson, un plat de spaghettis, de la limonade et un verre de vin. Des hommes m’aidaient à planter la tente - bref, j’étais traitée comme une reine.
Quand à Gamin, au moins dix mains à la fois lui tendaient des carottes et autres friandises.

Une autre fois, sur la route au bord de la mer, un cycliste s’arrêta. 
Vif d’esprit, il avait vu mon T-Shirt avec la photo d’Aldo, le bâton de marche et l’âne et tiré la bonne conclusion : “Vous faites un pèlerinage pour Aldo Moro? C’est pas vrai, non ?”
Si, exactement.

Il descendit du vélo, me tendait la main, visiblement ému 
Que Dieu vous bénisse. IL a été victime d’hommes extrêmement méchants. Merci de faire ça pour lui

Une phrase que j’entends assez souvent est: “Le seul et unique politicien honnête du pays”. 

Italie est un pays avec une population majoritairement dégoûtée par la politique. On se souvient d’Aldo Moro avec un mélange de tristesse et de sensation de culpabilité diffuse, sachant que malgré tout, on l’oublie trop souvent. 



Piazza Aldo Moro à Noli

On me raconte que certains hommes politiques actuels essayeraient de copier la douceur d’Aldo afin de paraître plus attractif, (et en même temps intègre) mais que cet artifice est plus répugnant qu’autre chose.

Une grandie partie des gens est absolument persuadé qu’ Aldo Moro fut victime d’un complot d’extrême droite qui, en collaboration avec la CIA à la solde de Kissinger avait infiltré les Brigades Rouges afin de liquider Moro et ainsi d’empêcher son “Compromiso storico”, le compromis historique qui prévoyait une alliance de son parti avec les communistes de Berlinguer.


Ce qui n'a jamais été

Le "Ce qui aurait pu être, si..." plane un peu sur le pays, surtout en ces jours.
Le gouvernement du "compromiso storico" sous Moro-Berlinguer aurait-il été couronné de succès ? Une innovation ? Un véritable nouveau chemin qui aurait libéré le meilleur des deux pour le salut du peuple ? 

Ou (plus probablement) cette alliance "impossible" se serait effondrée peu après sous la charge de disputes et querelles sans fin. Nous ne le saurons jamais. Reste un rêve qui a été noyé dans le sang avant même d'avoir reçu au moins une petite chance de devenir réalité. 



En pensant à "mon et à leur Aldo".




jeudi 21 mai 2015

Rencontres



Après avoir quitté l'enchastre où nous avions passée la nuit, nous arrivions à La Palude sur Verdon. 


Les petits commerces pithoresques visent visiblement les touristes qui, en cette saison de l'année, commencent déjà à remplir les ruelles.
Deux Italiens me demandaient la permission de nous prendre en photo, Gamin et moi. 

Ce fut l'occasion de tester mon italien. Bien dntendu, je mis souvent longtemps a rechercher les mots pourtant appris, mais je parvenais à communiquer avec ces deux gentils signori qui me prenaient également en photo avec ma camera à moi.




L'un deux finit même par me donner un petit don sous forme d'un billet, à faire échanger contre des provisions. Si ces deux hommes sont une augure pour mon séjour en Italie, eh bien ce sera du bonheur!

Je passais la nuit sur le camping-à-la ferme. Gamin y rencontra une ânesse blanche et flirtait avec elle toute la nuit.


La récéption fut inoccupée lors de mon arrivée et l'était toujours à mon départ, comme quoi je suis partie sans payer. 

Oui - que voulez vous que je fasse? Il n'y avait pas de numéro de téléphone affiché non plus. Donc chers propriétaires,  si jamais vous lisez ça, sachez que je suis volontiers prête à vous faire un chèque. Il suffit de me contacter.


Peu après nous nous avancions vers les gorges du Verdon. J'ai souvent entendu parler de ce canyon. Mais que dire: j'aprécie bien entendu la beauté du site, mais mon expérience personelle  fut plutôt un peu pénible, car au vertige s'ajoutait une angoisse causée par ces hautes falaises à gauche et à droite. Des falaises qui semblaient vouloir vous engloutir. 
Le nom de "gorges du Verdon" est bien choisi.


Comme quoi, j'étais plutôt heureuse de sortir de ce piège. "Been there, done it, that's it."

Ayant eu soif et faim, j'étais bien contente d'arriver à Trigance. Un coca, quelque chose de frais! Le village lui aussi était peuplé de touristes qui, évidement, braquauent leur regard sur Gamin. J'essayais de m'esquiver des tentatives de prises de contact, attachais l'âne et me rendais à l'épicerie pour m'acheter ine cannette et une barre de chocolat.

Une fois ressortie du magasin,  je vois que Gamin est assiégé par au moins une dizaine de personnes. J'essaye de faire semblant de ne pas les voir et je prends place sur le petit banc auquel Gamin est attaché. Les gens resserent le cercle autour de nous. C'est coincant. je m'eforce de les ignorer en consultant mon GPS.

 Mais le cercle se referme de plus en plus et alors je pète les plomps : "je suis une attraction ou quoi?" 

Mon ton hostile les déconcerte. "Ben oui" me répond-on. Certains formulent les questions habituels comme quoi si je venais de loin et où je voulais aller. Ma réponse consiste en un regard sulfureux et finalement, - enfin! - la foule se tire.

Oui, je sais bien que ce n'était pas méchant. Je sais aussi que, si je me serais montrée aborable, il en aurait resulté une parlotte sympa. Peut être même une rencontre. Mais en ce moment précis, je n'étais pas capable de répondre aux attentes. Tout ce que je voulais, c'était une petite pause pour moi toute seule, avec la cannette de coca et la barre de chocolat, sans être sollicitée par personne.

Bref, Trigance ne m'avait pas plu et je me posais la question, pourquoi auparavant, le lieu avait eu une connotation si positive dans mon esprit. J'allais l'apprendre.



De nouveau sur la route, je commence à guêter les maisons succeptibles de nous offrir le fameux carré d'herbe pour la nuit.
Après un certain temps, cette pancarte apparût :

 







Une exposition? De l'art? Cet endroit ne pouvait être que le bon!

Et que dire...Deux heures plus tard, me voici dans la maison, avec l'artiste-sculpteur Christel Schlierkamp parlant de tout et de rien et en train de créer son blog. C'était comme si on se connaissait depuis longtemps, une amitié de longue date. 

Christel crée de magnifiques sculptures, des figurinnes féminins plein d'émotion: dansantes, lisantes ( sa série des "liseuses" a été crée pour la fête du livre.) et plein de vie. Au chaque regard, elles vous dévoilent un nouveau secret, vous donnent une autre inspiration. 

Me voilà l'invitée d'une artiste de grand talent dont la philosophie et la manière de voir les choses sont une forte inspiration pour moi. Sa maison, son superbe atelier et sa salle d'exposition forment un royaume riche et magnifique dont Christel est la reine. 
Et moi, la reine-bohèmienne en voyage, j'ai eu le priviliège d'avoir été accueillie à sa cour.

Ce matin là, le départ fut difficile. Ô combien aurais-je aimé de rester encore un peu chez elle. Mais la route m'apelle, Aldo Moro m'apelle !  




samedi 16 mai 2015

Les vestiges


 Comme partout en France, ln trouve aussi en Haute Provence des épaves d'automobiles abandonnées en pleine nature ou dans un champ. Témoins disgracieuses d'une mentalité égoiste et sans conscience écologique, ces dépouilles rouillent sous le soleil et la pluie pendant des années...voire, des décénies!

En effet, plus d'une épave de voiture vue dans les champs provencales est vieille...très vieille. Limite vestige historique.
Faute d'avoir été enlevée à temps, la vieille citroën, le squelette de Renault, ne seront pas enlevés demain, parce que les années en ont fait des monuments.

Sur une carosserie rouillée et vide, on y trouve même une balise rouge-blanche de GR,soigneusement peinte   sur la carcasse. Comme quoi on a intégré le déchét dans le décor.

Curieux phénomène que cette valorisation par le temps. C'est valable pour yous les objets. Des chaises tout bonnement moches dans mon enfance sont aujourd'hui des joyeaux du vintage. 


lundi 4 mai 2015

Le sentier des cailloux



Derrière le Col de Rousset, le climat change. C’est plus sec, plus ensoleilé. C’est là que commence le midi” ,m’a -t’on dit. 

Ce col serait donc un peu ce que le col du Gotthard est en Suisse. 
Une barrière entre le nord et le sud, le portail vers un autre climat.

Le matin venu, nous étions heureux de quitter notre camp froid et mouillé. 


On quitte la station de ski

Gamin avait visiblement bonne humeur, surtout lorsque le soleil se pointa derrière les cimesdes montagnes. Il me suivit d’un pas léger.
Il nous fallut maintenant prendre le chemin qui mène au dessus du col, puisque passer par le tunnel de la route n’était pas une option. (d’ailleurs je me demande si ça aurait été légal.)

Le chemin sillonnait des forêts et des prairies. Une vue magnifique s’offrait à nous, quand nous arrivions au sommet.



Mais aussitôt... le désenchantement. Le chemin descendait la pente raide, en étroits serpentins, côtoyant le vide absolu. Et voilà que revenait le vertige. Les jambes en guimauve, l’estomac qui tourne...

De plus, le sentier était caillouteux, plein de rebords et obstacles - un peu comme le satané GR de Bouvante -  en plus haut, plus découvert et donc plus dangereux.

Que faire ? Retourner à Vassieux? Toute cette marche pour rien? Et puis après, où aller?

Il n’y avait pas d’autre solution. Il fallait le faire. Lentement, je m’avançais en tâtonnant. Je me donnais l’ordre de ne regarder que mes pieds et absolument rien d’autre.

Du coup, nous nous retrouvions sur un rebord rocheux, si raide et étroit que Gamin ne voulait plus s’y aventurer. 
Je le déchargeais à moitié et c’est ainsi allégé qu’il accepta de descendre le gouffre.
100 mètres plus bas, je l’attachais à un arbre, pour ensuite remonter et  chercher les bagages. Une opération répétée plusieurs fois. 
Nous avancions 100 mètres par 100 mètres.

Un bon bout de fait de cette manière - et voilà que le fichu sentier dégénéra totalement: 
Une vaste étendue de cailloux recouvrait la pente, comme une avalanche pétrifiée. 
Dans cette mer de pierres se traçait, à peine visible, une espèce de piste. 

J’avais de fortes doutes que Gamin accepterait d’y mettre les sabots.
D’abord, il lui faudrait marcher entièrement sur des cailloux pointus et en plus, le tout était fortement instable.

A mon étonnement, il avançait. Pas à pas. 
Ça bougeait sous nos pieds, des cailloux tombaient, avec mille rebondissements, dans l’abîme.

Mais comment ais-je fait pour atterrir là, me suis-je demandée. Une situation dantesque, issue de mes pires cauchemars. La peur matérialisée d’une manière presque irréelle.

Nous arrivions enfin en bas de ce sentier d’horreur. Mais voilà: Il fallut maintenant remonter chercher les bagages.  

Je bougeais les 4 sacs marins lourds en me tâtonnant le long du mur, les fesses côté abîme. L'enjeu était de trouver un endroit stable pour le pieds, puis faire venir les sacs. Un travail de centimètres. 

Soudainement, tout bougeait, les pierres glissaient sous mes mains et mes pieds. Le coeur battait comme un tambour. Une prière rapide vers Aldo ! 

La mer caillouteuse se calma.

Venant d’en bas, j’entendis du chahut. Malgré ma consigne, je jetais un regard vers le bas : En dessous de moi, Il y avait une plateforme de vue, accessible par voiture. sur la quelle se Un groupe de gens me montrait du doigt, me prenaient en photo et s’amusaient. 

La colère montait en moi : des Gentlemen seraient venus pour m’aider au lieu de faire l’andouille. 

Mais un instant plus tard, je comprenais: Si ils ne montent pas, c’est parce que ils n’en sont pas capables.

Ils ont transporté leurs culs de feignasse en bagnole jusqu’à cette plateforme pour pouvoir prendre la vue majestueuse en photo, c’est tout. 
Pas question d’effort physique. Et moi, je n’étais qu’une attraction de plus.

C’était là tout le symbole de ma vie : Emprunter des chemins que personne d’autre prend. Le regard méprisant des autres n’a rien de légitime, ce n’est pas moi qui suis inférieure, c’est eux qui ne sont pas à la hauteur (au sens propre du mot).

Je ne me suis pas ”égarée” sur cette pente. Je suis là, parce que je sais le faire. Et eux, non.

Je n’avais alors plus peur. C’était mon chemin, je pouvais le maîtriser. 
Et j’arrivais en bas.

Lorsque je rechargeais Gamin, le groupe des “voyeurs” de la plateforme s’avança vers moi. “Je n’aime pas les ânes, ils sont moches”, disait l’un à voix basse.

Maintenant il nous fallait descendre la longue route en serpentines jusqu’à Chamaloc. Au chaque tournant, les arbres devenaient plus verts.



Les Pins e multipliaient et il y avait dans l’air cet incomparable esprit du midi. 
Nous avions vraiment franchi “La barrière”.



Donc au final, je l’ai tout de même eue, l’experience “gotthardienne”.

Chamaloc est un village vraiment typique du midi. Un champ de lavande nous accueille l’arrivant. 
Une famille nous accordait la permission de camper dans leur joli jardin.



Un regard en arrière vers le Vercors...
ô belle forteresse de rochers, sauvage et dangereuse. Les jours passées avec toi furent durs, très durs, mais tu as repoussé avec vigueur mes frontières intérieures, réveillant un potentiel en moi dont je ne savais pas qu’il existait. Tu m’a donné de la confiance en moi-même et beaucoup de force.
Ne te laisse jamais apprivoiser par les hommes.

Sur le sentier même je n’ai pas pu faire des photos, mais un peu plus loin, sur la route, j’ai pu prendre ce cliché du “lieu du drame”.

La flèche du haut indique le sentier, la flèche du bas la plateforme.


mercredi 18 mars 2015

Sache où regarder entre les déchets et les fleurs...

Comme j'avais encore des lacunes quand à l'orientation, je me suis décidée de m'entraîner surtout à l'utilisation du GPS sur le terrain et à l'apprentissage de la lecture des cartes.
Pour cela je me crée un tracé sur ordinateur en empruntant des chemins inconnus, tracé que je parcours ensuite pour de vrai, en m'appuyant sur le GPS. Ainsi hier, dans les alentours de Maupotel, j'ai fait une balade de 15 bornes, l'équivalent d'une étape journalière.

Le parcours cheminaient sur des sentiers types des Vosges ; boueux, bourrés de branches et d'arbres écrasés en travers avec balisage zéro ou cryptique.


Très vite, je ne savais plus du tout où je me trouvais. Mais tant qu'il y avait de la synchro entre la ligne rose et de la ligne bleue sur le GPS, j'étais tranquille.
Une belle balade au cœur des forêts qui vibrent sous les soleil du printemps naissant.

Une découverte du mauvais genre fut cependant ce tas de débris de voiture :


Admettez que c'est écœurant. Est-ce vraiment plus difficile d'amener sa vieille bagnole à la casse que de la balancer en pièces détachées dans la nature? les déchets en forêt sont malheureusement un phénomène courant dans la région. Et de plus en plus, dirais-je. On pourrait presque penser que plus il y a une infrastructure de déchetteries modernes et accessibles, plus il y a des gens qui se sont donnés le mot pour ne pas l'utiliser.
Mais comme évoque la Chanson de Cohen, il faut savoir regarder entre les déchets et les fleurs.
Sur un petit sentier, au plus profond de la forêt, mon regard fut attiré sur le sol. Un bois de chevreuil solitaire se trouvait entre la mousse et les feuilles mortes! 





J'étais ahurie, enchantée. j'ai toujours rêvé d'en trouver un, un jour...je me baisse, je le prends et mon regard tombe sur deux autres!






Donc trois d'un coup. J'ai souvent vécu une situation pareille en rêve. Et voilà que ce qui était fabuleux et irréel jusqu'à là, est devenu réalité. La magie - la vraie -  m'a embrassée en force et en silence. Mais pourquoi trois? Ah, Mais je sais. Un pour JFK, un pour Aldo et un pour moi. Le message est fort et clair. L'harmonie entre nous et la nature s'est établie. Les portes et les chemins se dont ouverts.

J'ai pris les trésors trouvés et suis rentrée béate. Sans me perdre en route. 




samedi 14 mars 2015

Bas les allumettes!


"Si vous ne voulez pas que le type s'enflamme, il ne faut pas l'allumer"

Tel est le conseil d'Emile Brager dans son livre "Techniques du voyage à cheval" dans un chapitre consacré à l a "randonnée au féminin".  Mis à part du fait que ça donne une sensation bizarre de lire un homme donner des astuces concernant les tampons hygiéniques,  la phrase susmentionnée est assez typique pour le point de vue strictement masculin sur un sujet  qui concerne les femmes à un tout autre niveau que les hommes, surtout si elles randonnent seules : Celui de l'agression sexuelle.

L'auteur continue et appelle les femmes à ne pas vêtir des habits trop moulants, trop sexy et de ne pas trop sourire.
Une randonnée a ses impératifs pratiques et par conséquent, les dames en Bikini et chaussures à talons seront plutôt rares. Mais ne "pas trop sourire"? Vraiment? Est-ce déjà "allumer le type"?

En quoi consiste un comportement et une tenue "allumant"?
Je suis certainement pas la seule femme au monde qui s'est déjà retrouvée dans une situation limite viol - malgré ne pas avoir  porté de vêtement salaces ni aucun autre "signe d'invitation".

Le Problème de base est qu'on inverse les responsabilités. Ce n'est pas à l'homme de se contrôler, de rester civil. C'est à la femme de veiller à ne pas "l'allumer".

Une tâche à peu près impossible, puisque la sensation de "provocation" est parfaitement subjective. Chez nombres de tribus la tenue normale des femmes et le torse nu. Chez d'autres la femme doit être ensevelie totalement dans un sac avec juste une petite grille pour les yeux, si elle veut avoir le droit d'être respectée.

Les statistiques sont d'ailleurs formelles : ce ne sont pas les filles en mini jupes qui sont le plus souvent violées, mais bien les filles timides, bien habillées, la blouse boutonnée jusqu'au cou. Il n'y a pas de vêtement anti-viol.  Le remède serait l'éducation de l'homme. éducation qui ne se fait pas.
Je vais bientôt aller chez le coiffeur, pour me faire une coupe super courte et teindre mes cheveux en un teint foncé. Tout d'abord, parce que c'est plus pratique en route que de devoir laver de longs tifs à l'eau froide.

Mais le fait que cette intervention ne m'embellira pas, est un effet tout à fait voulu.

Pas question d'aller randonner dans cette tenue. Mais même moins aguichante - il restera un risque.

jeudi 12 mars 2015

Qui es tu ?

Le côté pratique du pèlerinage commence à prendre forme et rentre en ordre. Je sens qu’il est temps de me tourner vers l’intérieur, vers celui à qui ce périple est dédié : Aldo Moro.

Aldo s’exprime en adoptant de multiples visages. Aussi étrange que cela puisse paraître, mais parfois je me sens comme plongée dans le conte de la belle au bois dormant. Mais toutefois avec les rôles inversés. Je suis la princesse qui part à la recherche du prince endormi depuis 100 ans.
Un prince qui a connu un destin tragique mais qui, par la grâce d’une bonne fée n’est pas mort à part entière. Une goutte de sang et une larme sont tombées sur une pétale de rose, gisant au pied de sa tombe. Un rosier y est né, a grandi et s’est épanoui pour créer une forêt épaisse de fleurs et d’épines invisibles, dont les ronces entourent le monde entier.

Rares sont ceux qui perçoivent l'appel qui vient de ce lieu secret. Et parmi ceux qui l’entendent et s’en vont pour le suivre, peu aboutissent. Car la forêt de roses est dense et ses épines sont impitoyables.

Vais-je parvenir à passer entre les ronces ?
Il y aura-t-il jamais la bise magique, celle qui engendra le réveil, la résurrection ?

Aldo Moro  se présente à moi aussi comme l’homme viril à la fleur de l’âge. Le professeur, le philosophe, le politicien. Il m’instruit, il me fait repasser mes leçons d’Italien et m’invite à franchir les obstacles, toujours à la recherche de la dernière frontière.
Aldo Moro a ses principes et sa dignité. Il peut être capricieux. Il se refuse, quand il n’a pas envie de suivre.

Aldo Moro, c’est aussi le grand-père. Le vieillard aux yeux doux, avec qui on aimerait rester assis des après-midis entiers sur la terrasse, rien que pour le voir respirer, tendrement attentif à ses soupirs occasionnels.
Et Aldo, c’est également le petit garçon qui invite la petite fillette qui vit en moi à jouer avec lui. Il rit, il fait des bêtises et il rêve toutes es étoiles.




mardi 10 mars 2015

Redémarrage à (presque) zéro


Voilà des mois que je e suis entraînée avec Heidi. Nous avons fait bien des progrès et gagné beaucoup d’expérience. Mais son état s’est altéré, des côtes de plus en plus voyantes, des remarques, de la part du véto, du maréchal ferrant...J’ai augmenté la ration, sans succès. Et avec la dégradation physique, s’ajoutait une dégradation mentale. Heidi est devenue de plus en plus peureuse.

Deux mois avant le départ, il fallut donc se poser la question en toute honnêteté : Est ce que je peux emmener Heidi avec moi au pèlerinage ou est-ce trop risqué?
Si déjà la nourriture qu’elle reçoit à la maison ne suffit pas, comment fera-t-on en cours de route? Dans le désert de Basilicate? Comment va-t-elle réagir aux traversées de grosses axes, des passages à niveau, des grandes zones industrielles?

La réponse est aussi accablante que claire: Elle ne le fera pas.

Et du coup, je me suis retrouvé au point de départ, au ground zéro. Le projet est mort - à moins de trouver un autre animal.

Ca c’est passé très rapidement. 
Un annonce : «Super âne de randonnée - a fait St Jacques de Compostelle».

Et voilà que, une semaine plus tard à peine, je me suis retrouvée en Ardèche en train de me balader avec un gentil bourricot du nom de Gamin, accompagnée par ses propriétaires.

Le couple sont des randonneurs expérimentés et j’ai passé deux jours merveilleux à jouir de leur hospitalité, de leurs conseils, leur savoir et de l’intérêt qu’ils portent à mon projet. Un tout nouveau monde s’est ouvert à moi. Le projet a redémarré en force.  Et maintenant c’est parti pour de bon!


J’ai donc acheté Gamin. Mais il n’est pas question de dépenser mes toutes dernières ressources pour faire transporter le brave bourricot des Rhône-Alpes jusqu’en Lorraine. 
Seule solution: Je change l’itinéraire. Le point de départ ne sera pas ma maison, mais celle de Gamin, en Ardèche. 

Cela signifie que toute la partie Suisse du trajet est supprimée. Je vais entrer en Italie en passant par le Vercors puis redescendre sur les Alpes Maritimes. C’est seulement au sud de Gênes qu’on reprendra l’ancienne route, telle qu’elle fut prévue au départ.
Je m’étais réjouie de passer par la Suisse. 
Mais il ne faut pas oublier que cette étape n'est  pas «le» pèlerinage. Le pèlerinage,  c’est Aldo Moro, Torrita Tiberina et Maglie. Et cet itinéraire là, restera intact.

Aldo..Je lui ai promis de faire ce pèlerinage, coûte que coûte. 
Eh bien, mon cher, tu vois : j’ai déjà dépensé une fortune et le plus dur restera à faire. Mais je n’abandonne pas.  
Je vais donc descendre en Ardèche le 15 Avril en train. Le 16 sera le jour pour une ballade de test avec le chargement final, derniers préparatifs. Et le 17, ce sera le grand départ.
Le compte à rebours à commencé.




vendredi 12 décembre 2014

L'appel du lointain


La fin de l’année et le solstice approchent. L’année s’achève. De plus en plus souvent, mon regard se dirige vers le sud-sud-est. Quelque part là bas, dans cette immensité qui s’étend derrière l’horizon incertain, se trouvent Torrita Tiberina...les Pouilles, Maglie, Aldo Moro.

Un monde qui me paraît si étrange, si distant et intangible mais que je ressens pourtant comme étant profondément ancré en moi. L’appel que ce monde envoie, débarque au cœur de ma solitude et devient plus fort, chaque jour.
C’est l’appel de la «troisième voix» qui m’invite à voyager sur «l’autre chemin». Avec de plus en plus d'intensité.