Affichage des articles dont le libellé est survie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est survie. Afficher tous les articles

vendredi 25 septembre 2015

La Cabane

Nous avions quitté le beau camping à Pereto assez tôt dans la matinée, car une très longue étape dans la montagne nous attendait pour atteindre Camporotondo. Le ciel était pluvieux et un vent froid soufflait du nord.
L’automne est définitivement arrivé dans les Abruzzes. Il faudra voir à se dépêcher pour les traverser avant l’arrivée du temps vraiment mauvais.


A Pereto déjà, le temps se gâte

Gamin et moi entamions donc l’ascension. Arrivés sur le haut-plateau, nous rencontrions à nouveau des hardes de chevaux et de bovins en liberté. Il faisait de plus en plus froid et le vent augmenta. On n’avançait pas aussi vite que prévu, car les rafales nous ralentissaient considérablement. La solitude de la montagne commençait à avoir des airs menaçants, avec les nuages noirs qui gonflaient derrière les crêtes. Le doute, si on arrivait à Camporotondo avant la tombée de la nuit, s’installait.

De loin j’aperçus un troupeau de brebis, cette fois ci gardé par un berger. .Je lui demandais si Camporotondo était encore loin. Il me faisait tout de suite savoir qu’il était roumain et ne parlait pratiquement pas l’italien. Mais il pointait sur sa montre et essayait de m’expliquer que je n’arriverai pas en lieu habité avant l’obscurité. “Les loups ! Les ours!” répétait-il.



Sur le Haut-plateau

Ben,oui, je sais. Je repris la route, déterminée de nous chercher un coin pour camper.

Au loin j’aperçus un petit refuge et je décidais de monter la tente près de cette cabane. Mais avant même de pouvoir m’installer, le berger roumain, qui m’avait rattrapé, se précipita vers moi. Il a fallu du temps pour que je comprenne (à peu près) qu’il voulait que je vienne avec lui, car apparemment, il habitait dans un autre refuge un peu plus loin. “Toi Señorita seule, Loups, Ours, moi petit déjeuner, lit”.

Señorita? En effet, des peux de mots italiens qu’ils connaissait, la moitié furent de l’espagnol. Il appelait Gamin “cavallo” (cheval) et aucune tentative de ma part de corriger ça en “asino” (âne) n’était fructueuse.

Le refuge qu’il avait transformé en habitation était une petite cabane sans électricité ni eau, mais avec un cheminé à l’âtre et trois lits. Une table et une cuisinière à gaz complétaient le tout. Autour de la cabane, traînait un nombre important d’ossements. Impossible de dire si il s’agissait des restes de repas des loups ou du berger.


La cabane du berger - un refuge transformé en habitation. Au loin, Gamin.

Je préparais l’installation de la tente ce qui - comme je l’avais craigné  - contrariait fortement mon hôtelier. Il insista pour que je vienne dormir dans un des lits de la cabane.

Les lectrices comprendront peut être un peu mieux que les lecteurs si je dis que dormir dans la même pièce avec un inconnu dans la montagne solitaire, à 1500 mètres, loin de toute civilisation, ne répond pas à mes besoins de sécurité, pourtant très basiques..

Je criais donc assez fortement “Tu me laisses faire, c’est ma tente, ma maison et je veux dormir dans ma maison à moi!” 
Pendant que je déballais tout, il se mettait à fouiller mes affaires. Il s’empara du livre de Torrita Tiberina que la mairie m’avait offert et le feuilleta avec peu de délicatesse. Apparemment il ne comprit pas ce que Torrita Tiberina veut dire et insista sur une explication.
Comment expliquer à quelqu’un qui a du mal à comprendre les phrases italiennes les plus simples, ce qu’est Torrita est qu’ il est en train de maltraiter un de mes trésors affectifs les plus précieux?
Je repris le livre, le pressa contre moi tout en disant “Torrita est un village, MON village!”. Un résumé très, très grosso-modo de la vérité, mais adapté à la situation.

Je ne sais pas si il a compris, mais au moins il laissait le livre tranquille.

Le temps se gâtait. Des rafales de vent glaciales dévalaient sur la montagne et un brouillard dense et froid émergea derrière la barrière rocheuse.

J’avais froid, très froid. Le berger allumait le feu dans la cabane, ce qui m’attira vers l’intérieur. Il essaya de s’expliquer et au bout d’un moment, je crus comprendre qu’il avait été soldat de l’OTAN en Afghanistan et subi une blessure cérébrale, ce qui lui avait valu une perte de mémoire et avec ça, une perte des connaissances linguistiques.


A la cabane, le feu m'attirait irrésistiblement.

Je pense qu’il a bien dit la vérité. Il est évident qu’il n’était pas juste un “homme simple”. Il souffrait visiblement de ses déficits dont il était pleinement conscient”.

Dehors, le temps était devenu épouvantable. La nuit tomba, apportant un noir absolu. Je finis par accepter de dormir à l’intérieur. Cela le réjouissait. Il avait bien compris la nature de ma peur et répétait qu’il était “un homme bon, pas comme les italiens”. Il semble que les bombes vous font plus facilement perdre la mémoire des langues que celle des préjugés. Sic.

Il va sans dire que le lit proche du feu était bien plus agréable que l’eut été le matelas dans la tente. Mais bien entendu, je restais crispée.
Soudain on entendit un concert d’hurlements dehors. Les chiens répondirent avec des aboiements furieux. Les loups! Gamin se mit à braire à son tour. “Mon cheval, ils vont manger mon cheval!” criais-je et me relevait du lit.
Le berger enfilait sa veste et ouvrit la porte. “Non, tout va bien” me disait il. “le feu va les chasser”. Bref, on laissait la porte ouverte.

Après un moment, le berger repartit vers la porte. Il avait entendu quelque chose qui m’avait échappé. “Des braconniers” disait il. “Je vais partir, une heure”. Il s’habillait, prenait la torche et disparut dans la nuit noire et le vent.

Je ne sais vraiment pas ce qui, au final, était pire: être seule avec lui dans la cabane ou  toute seule à minuit avec dehors, les loups  - et lui en train de traquer des braconniers .

Je me blottissais sous la couverture. Eh ben, voici donc mon anniversaire ! Super !
Ben oui, mes 50 piges! .J’ai toujours eu peur que le cinquantième sera un jour de banalité morose dans la conscience que la vieillesse est arrivée et que plus rien d’intéressant ne se déroulera dans ma vie.
C’est un peu comme si l’univers m’avais dit :  “Tu veux un 50éme hors du commun? si ce n’est que ça,... te voilà servie!”

Je ne sais pas comment j’ai réussi à m’endormir, mais je l’ai fait. Je me levais à la première lueur. La pluie avait cessée, mais il faisait froid. Gamin était encore en une seule pièce et respirait. Donc, j’avais tout ce qu’il fallait pour quitter ce lieu le plus rapidement.

Le berger insistait que je lui téléphone dès que je serais à Camporotondo. Je lui disais: “Ecoute, tu vois bien qu’on a un très gros problème de communication. Ça ne ne sera pas mieux au téléphone, au contraire, alors pourquoi veux tu absolument que je t’apelle?” Il n’a pas compris mon objection ou ne voulait pas comprendre. J’ai fini par dire oui a tout juste pour pouvoir partir.

En route pour Camporotondo mes pensées tournaient autour du vécu. J’aurais peut être du être plus gentille, plus patiente. Mais moi aussi j’ai mes limites. Je n’ai pas pu. La nuit passée fut une des plus insolites du voyage, c'est certain.


Des hardes de chevaux en liberté, sur la montagne entre Pereto et Camporotondo.

vendredi 11 septembre 2015

Les Abruzzes sauvages

Si je continue juste tout droit vers le sud je finis par.... tomber dans la mer. Ou tout au moins, par atterrir en Calabre. Pour aller en Pouilles, il faut donc, à un certain moment, procédér à un virement assez prononçé vers l’est. Ce tournant, j’avais prévu de le faire après avoir passé la hauteur de Naples.

Depuis mon entrée en Italie, on m’avait déconseillé de traverser la Campagnia. Trop d’insécurité, peu d’espace vraiment naturel et surtout,une grosse agglomération, celle de Naples.
Rome n’est déjà pas facile de contourner : depuis mon départ de Torrita Tiberina, je me suis retrouvée prisonnière de toutes ces rues qui mènent à Rome. Un centre de gravitation auquel on n’échappe pas si facilement. Si l'agglomération de Naples est pire, il est clair que mon trajet n’est pas optimal.



Crépuscule à Monterotondo

Une alternative consiste à bifurquer vers l’Est dès maintenant, vers les Abruzzes. Ce virement vers l’est, il faut donc l’anticiper.

Le problème avec ça, c’est qu’on aura de nouveau de la montagne à faire ; avec des pentes, des sentiers merdouilleux, des loups, des ours et tout ce qui va avec. Mais franchement, je préfère finir dans la gueule d’un loup que sous un camion à Rome. Ou dans une prison romaine pour avoir bouffé vif un passant qui aurait crié “ooooh un âne” un fois de trop.

Nous attaquions donc le Monte Gennaro sur un sentier raide. L’ascension se passait bien, malgré l’état du sentier parfois vraiment limite.



Sur le sentier qui mène au Monte Gennaro

Une fois arrivé sur le haut plateau, nous traversions une forêt composée de gros arbres. De véritables personnalités! Chacun unique, chacun vieux de plusieurs centenaires. Un paysage magique comme issu d’un conte de fées.



Des arbres singuliers règnent sur le Haut-plateau.


Finalement, une vaste prairie parsemée de rochers et de buissons s’ouvrit devant nous. Le Prato della chiesetta. Une grande plaine, peuplée de chevaux et de bovins. Des troupeaux qui vivent ici, librement, sans clôture aucune. Un spectacle grandiose!



Un buffle. 


Parfois, les loups viennent pour se servir...


Je plantais la tente près de la petite cabane en pierre. La nuit fut tranquille, mais au petit matin, j’entendis Gamin braire...de loin. Je me ruais hors de la tente pour voir où était l’âne.
Eh ben, le voilà parti!
Il faisait encore nuit, seule une petite lueur derrière les crêtes annoncait l’aube. Sur l’immense prairie, on voyait les ombres des chevaux et des bovins, mais pas celui de Gamin. Je cherchais, je l’appellais. Rien.

A l’aurore, j’avais espoir de le retrouver. Enfin plus de visibilité. Mais toujours rien. Un harde de chevaux descendait d’une lointaine colline sous un tonnerre de galopade, puis disparut à nouveau dans un canyon. Et si ils avaient emmené Gamin avec eux.? Normalement, un âne ne s’éloigne pas trop du camp. Mais ici, avec tous ces troupeaux...
Et une autre pensée; Si il a fui des loups? Qui sait si ces prédateurs se sont rendus compte qu’il était attaché et donc une proie facile. Des milles pensées me tracassaient.

Après une heure, un groupe d’hommes arriva. Je leur exposais mon problème. Ils étaient tout de suite prêts à m’aider. Mais assez pessimistes: “C’est tellement grand ici, il te faudra peut être des jours pour le retrouver.”

J’étais prête à attendre ici jusqu’à ce que je retrouve mon Gamin. J’avais des provisions pour deux jours. Les hommes me proposèrent qu’ils me ramèneraient des vivres si vraiment, je devais ester plus longtemps que ça.

On parlait et soudain. L’un d’eux pointait vers une colline: “C’est un âne, non?

Eh oui! le voilà. Quand il me vit, Gamin courut vers moi. Quel soulagement. Je remerciais les hommes et nous quittions le haut plateau pour descendre à Licenza.

Nous laissions derrière nous un des lieux les plus exceptionnels, les plus sauvages et les plus beaux du voyage.


dimanche 12 juillet 2015

Une étape rude, encore une !

Après avoir fait les courses à Campomorone, nous nous dirigions à nouveau vers la montagne, à la recherche d’un lieu pour camper. 

Ce fut une des journées les plus chaudes de la canicule et la grimpette devint un vrai calvaire. Heureusement, une pancarte annoncant un centre équestre, éveilla mes éspoirs. Les clubs hippiques nous ont toujours bien accueuillis.

Et l’éspoir ne fut pas vain : Encore une fois, l’esprit cavalier s’épanouissait et venait à notre salut.

Eleonora, la gérante du centre, nous invita à entrer. “mais bien sûr que vous pouvez camper chez nous - et même y passer votre journée de repos.” Une proposition plus que bienvenue, car après 6 jours d’Alta Via sans interruption, Gamin et moi étions fatigués.

Eleonara est une vraie femme de cheval : Elle insistait pour donner une douche à Gamin, dans le but de le rafraîchir. Inutile de lui dire que les ânes - contrairement aux chevaux - détestent l’eau. 
Gamin eut droit à son lavage annuel. Sous le jet d’eau, il devint tout petit ; une espèce de boule de peur mouillée. 
Ensuite il a été mis dans un box, où, à mon étonnement, il se plaisait très bien. Il prit plaisir à croquer du foin.


Gamin au box

Les cavaliers qui ont leurs chevaux en pension chez Eleonara sont venus les uns après les autres et nous avons passé de très bons moments conviviaux ensemble. Une vraie petite famille.


Eleonora travaille son cheval sur la carrière 

Une jour plus tard, Gamin et moi nous reprendios la route. Le chemin que m’avait indiquée Google maps était assez plaisant, mais s’arrêtait peu avant le but - en pleine forêt ; détruite par un éboulement. Sans doute lors des gros intempéries qui ont saccagé la région de Gênes, l’an passé.

Aucun moyen de passer à côté ! Il fallait faire demi-tour. En tout, six kilomètres pour rien et pire encore, au moins deux heures de fraîcheur matinale de gaspillées.

Je remontais donc la route principale pour reprendre l’Alta Via, qui finalement, nous amena vers Miganego. Là, on me proposa de camper sur une petit aire de jeux en plein ville. Assez inhabituel et je ne me sentais pas vraiment à l’aise. Je m’attendais de voir les carabinieri se pointer devant ma tente à tout moment. 

Mais les habitants du quartier nous accueillirent très bien. Une voisine, Martina, m’apporta à boire et à manger, prit mon linge en charge et les appareils en re-charge. Quel service! Quelle gentillesse ! 
Une étape plus qu’insolite!

Le lendemain, retour sur l’Alta Via. Le chemin devint plus dur,  plus haut. Un petit sentier qui se faufilait sur les pentes aiguës de la montagne. Après des kilomètres de solitudes apparût une petite chapelle et quelques maisons. Je me décidais de l’arrêter à ce lieu pour la nuit. 


La chapelle de Sella est dédiée aux partisans. 

Au cours de l’après-midi, J’eus la visite e deux pèlerines françaises en route pour Assises qui passaient également par là. L’une après l’autre, elles firent une longue pause près de ma tente, puis décidèrent de continuer leur chemin.



Des fleurs partout 



Vue sur Gênes

Le jour suivant je terminais à mon tour cette étape pour arriver à Creto, où les deux pèlerines avaient quand à elles, passé la nuit. 
Il était encore tôt le matin, Gamin et moi en pleine forme et ainsi je fus confidente que nous pourrions maîtriser cette étape sans histoires en cette même journée. 



Galin à Creto, dans la cour de la Trattoreria 

Mais ce qui s’était déjà annoncé au jour avant - la dégradation successive de l’état du sentier, se poursuivait ici. Plus on montait, plus le chemin était étroit, caillouteux et en pente raide. Comme je ne voulais pas revivre l’horreur de la chute de Gamin dans la montagne près de Badalucco, je le débâtais avant chaque passage douteux. Passages qui se multipliaient. 

Enfin, après des heures de marche et surtout d’escalade, le sentier nous lâchait sur une belle piste large en descente douce. Enfin! Il était temps. Mais après dix minutes de marche gaie, le GPS me revela la cruelle vérité : Cette piste n’était pas la bonne!

Donc demi tour vers le le croisement. Croisement? Le quel? On n’avait vu que cette piste, après tout. 
Revenus sur les lieux, je vis les balises “AV” qui pointaient en montée raide vers une prairie de montagne, parsemée de rochers. Le sentier, pas plus épais que deux mains à plat, pouvait à peine être deviné dans l’herbe haute.  


Les crêtes 

Tant pis! Il fallait le faire. La montée était d’une raideur extrême. Gamin tombait plusieurs fois sur ses genous et rampait plus qu’il ne grimpait. 

Et moi j’avancais à quattre pattes, de toute façon. Il était clair: L’Alta Via voulait nous entraîner à tout prix droit sur la crête. Vue panoramique splendide et à couper le souffle, sans aucun doute. Mais fatigués comme nous l’étions nous n’avions guère plus les yeux pour aprécier le décor. 

La traversée des crêtes dura deux, trois heures. Ça n’en finissait plus. Enfin, la descente commençait. Encore plus raide que la montée et en passant par des rochers infranchissables !



Trop raide! 

Je débâtais Gamin et on se frayait un chemin à travers la brousse pour contourner ce passage. Fatiguée, je fis de plus en plus d’erreurs, mettais les pieds là où il fallait pas - ce qui avait pour conséquence de me retrouver dix mètres plus bas, là où il ne faut pas non plus. Bosses et bleus se multpliaient.

Il y avait eu le moindre carré plat, j’aurais tout de suite planté la tente pour le bivouac de nuit. J’ai vraiment l’habitude de dormir dans les orties. Mais ici -  pas moyen, pas la moindre place. 
Il fallait tenir jusqu’à la fin de l’étape.

Enfin, la dernière descente, vers le village de La Scoffera. La plus raide. Les derniers 5O mètres...Un espèce d’escalier, - ou disons plutôt échelle collée dans la montage, précédée de trois rochers hauts er pointus. Impossible pour Gamin!

Plus bas, vers la droite, sur le balcon d’un immeuble, des gens nous observaient avec curiosité. 
“Il y a un autre chemin pour descendre ?” Leur criais-je.
“Non”
J’essaiais quand même de faire le tour. Mais c’était vrai. Aucun autre chemin ne mène vers le bas. Alors il ne resta plus qu’à débâter Gamin et espérer qu’il va se faire pousser des ailes.

Je me tâtonnais vers le bas. Miracle ! Gamin prend les deux premiers rochers. Mais le troisième est le pire, car en dessous, avant d’atteindre les marches, il y a une espèce de trou vertical. Je passe, Gamin me suit - et glisse. 
Il glisse vers l’avant, me percute comme un éboulement de rochers qui me cogne dans le dos - et je suis projetée vers l’avant. Je tombe, culbute et glisse 20 mètres vers le bas.  
C’est comme avec les avions; ça finit toujours par atterrir, la question est juste comment.

Mon portable sonne dans ma poche et les gens de l’immeuble me demandent “ça va ? Vous vous êtes fait mail?”
“Oui”
“il faut appeler l’ambulance ?”
“Non, non”. Ca y est, je me redresse. Gamin a réussi à descendre lui aussi et broute à dix mètres de moi. Je rampe vers lui, saisis la longe et me me remets douloureusement en position verticale. 

On a terriblement soif, c’est ce que je dis aux gens sur le balcon. Ils veulent bien nous donner à boire, mais ont la flemme de descendre dans la rue. Alors ils prennent une corde avec un crochet, auquel j’attache le seau de gamin. Il est monté, rempli d’eau et on me le refait descendre de cette manière. Une bouteille d’eau fraîche pour la maîtresse de Gamin est acheminée par le même système.

On me conseille d’aller voir l’église, car il y aurait un refuge pour les pélerins. Enfin une bonne nouvelle! Je saurais expliquer que je suis peleggrina moi aussi, même si “mon” saint n’en est pas un.

Sur la route je rencontre à nouveau les deux pèlerines françaises - ensemble, cette fois. Oui, elles logent aussi au refuge. Elles m’emènent avec elles et me disent de me reposer pendant qu’elles préparent à manger. Une proposition acceptée sans objection. 

Depuis que je suis en voyage, je n’avais jamais eu *autant* mal au pieds. Tout tournait autour de moi et en me les massant, les larmes me vinrent aux yeux. 

Les deux pèlerines, qui ont pourtant fait le même parcours ont bien meilleure mine.
“C’est parce que on est parties de Creto, alors que toi, tu devais faire le chemin depuis cette chapelle où tu as dormi jusqu’à Creto en plus” essayent elles de me consoler.
“Et nous, on avait pas d’âne auquel il fallait faire attention.”

C’est gentil, mais je je sais bien que la triste vérité est je n’ai pas la force physique des autres. L'étape Creto - Scoffera m’a montré mes limites absolues à ne pas dépasser sous aucun prétexte.

Alors que les deux pèlerines poursuivent la route au lendemain, je décide de faire une journée de repos au refuge. Gamin en sera reconnaissant lui aussi. Il s’est battu sur cette sacrée montagne en brave véritable !

Au cours de la journée, un autre pèlerin français arrive. Lui aussi sur le chemin d’Assise. Il confirme la dureté de l’étape.
Oui mais, lui, en un jour, a fait celle ci -  et deux autres. 40 Kilomètres en tout ! Je tombe de nues. D’accord, c’est un ancien militaire, mais tout de même...Je me sens très petite.

Fort heureusement, ce pèlerinage n’est pas une course. Je serais dernière, comme d’habitude.

lundi 4 mai 2015

Le sentier des cailloux



Derrière le Col de Rousset, le climat change. C’est plus sec, plus ensoleilé. C’est là que commence le midi” ,m’a -t’on dit. 

Ce col serait donc un peu ce que le col du Gotthard est en Suisse. 
Une barrière entre le nord et le sud, le portail vers un autre climat.

Le matin venu, nous étions heureux de quitter notre camp froid et mouillé. 


On quitte la station de ski

Gamin avait visiblement bonne humeur, surtout lorsque le soleil se pointa derrière les cimesdes montagnes. Il me suivit d’un pas léger.
Il nous fallut maintenant prendre le chemin qui mène au dessus du col, puisque passer par le tunnel de la route n’était pas une option. (d’ailleurs je me demande si ça aurait été légal.)

Le chemin sillonnait des forêts et des prairies. Une vue magnifique s’offrait à nous, quand nous arrivions au sommet.



Mais aussitôt... le désenchantement. Le chemin descendait la pente raide, en étroits serpentins, côtoyant le vide absolu. Et voilà que revenait le vertige. Les jambes en guimauve, l’estomac qui tourne...

De plus, le sentier était caillouteux, plein de rebords et obstacles - un peu comme le satané GR de Bouvante -  en plus haut, plus découvert et donc plus dangereux.

Que faire ? Retourner à Vassieux? Toute cette marche pour rien? Et puis après, où aller?

Il n’y avait pas d’autre solution. Il fallait le faire. Lentement, je m’avançais en tâtonnant. Je me donnais l’ordre de ne regarder que mes pieds et absolument rien d’autre.

Du coup, nous nous retrouvions sur un rebord rocheux, si raide et étroit que Gamin ne voulait plus s’y aventurer. 
Je le déchargeais à moitié et c’est ainsi allégé qu’il accepta de descendre le gouffre.
100 mètres plus bas, je l’attachais à un arbre, pour ensuite remonter et  chercher les bagages. Une opération répétée plusieurs fois. 
Nous avancions 100 mètres par 100 mètres.

Un bon bout de fait de cette manière - et voilà que le fichu sentier dégénéra totalement: 
Une vaste étendue de cailloux recouvrait la pente, comme une avalanche pétrifiée. 
Dans cette mer de pierres se traçait, à peine visible, une espèce de piste. 

J’avais de fortes doutes que Gamin accepterait d’y mettre les sabots.
D’abord, il lui faudrait marcher entièrement sur des cailloux pointus et en plus, le tout était fortement instable.

A mon étonnement, il avançait. Pas à pas. 
Ça bougeait sous nos pieds, des cailloux tombaient, avec mille rebondissements, dans l’abîme.

Mais comment ais-je fait pour atterrir là, me suis-je demandée. Une situation dantesque, issue de mes pires cauchemars. La peur matérialisée d’une manière presque irréelle.

Nous arrivions enfin en bas de ce sentier d’horreur. Mais voilà: Il fallut maintenant remonter chercher les bagages.  

Je bougeais les 4 sacs marins lourds en me tâtonnant le long du mur, les fesses côté abîme. L'enjeu était de trouver un endroit stable pour le pieds, puis faire venir les sacs. Un travail de centimètres. 

Soudainement, tout bougeait, les pierres glissaient sous mes mains et mes pieds. Le coeur battait comme un tambour. Une prière rapide vers Aldo ! 

La mer caillouteuse se calma.

Venant d’en bas, j’entendis du chahut. Malgré ma consigne, je jetais un regard vers le bas : En dessous de moi, Il y avait une plateforme de vue, accessible par voiture. sur la quelle se Un groupe de gens me montrait du doigt, me prenaient en photo et s’amusaient. 

La colère montait en moi : des Gentlemen seraient venus pour m’aider au lieu de faire l’andouille. 

Mais un instant plus tard, je comprenais: Si ils ne montent pas, c’est parce que ils n’en sont pas capables.

Ils ont transporté leurs culs de feignasse en bagnole jusqu’à cette plateforme pour pouvoir prendre la vue majestueuse en photo, c’est tout. 
Pas question d’effort physique. Et moi, je n’étais qu’une attraction de plus.

C’était là tout le symbole de ma vie : Emprunter des chemins que personne d’autre prend. Le regard méprisant des autres n’a rien de légitime, ce n’est pas moi qui suis inférieure, c’est eux qui ne sont pas à la hauteur (au sens propre du mot).

Je ne me suis pas ”égarée” sur cette pente. Je suis là, parce que je sais le faire. Et eux, non.

Je n’avais alors plus peur. C’était mon chemin, je pouvais le maîtriser. 
Et j’arrivais en bas.

Lorsque je rechargeais Gamin, le groupe des “voyeurs” de la plateforme s’avança vers moi. “Je n’aime pas les ânes, ils sont moches”, disait l’un à voix basse.

Maintenant il nous fallait descendre la longue route en serpentines jusqu’à Chamaloc. Au chaque tournant, les arbres devenaient plus verts.



Les Pins e multipliaient et il y avait dans l’air cet incomparable esprit du midi. 
Nous avions vraiment franchi “La barrière”.



Donc au final, je l’ai tout de même eue, l’experience “gotthardienne”.

Chamaloc est un village vraiment typique du midi. Un champ de lavande nous accueille l’arrivant. 
Une famille nous accordait la permission de camper dans leur joli jardin.



Un regard en arrière vers le Vercors...
ô belle forteresse de rochers, sauvage et dangereuse. Les jours passées avec toi furent durs, très durs, mais tu as repoussé avec vigueur mes frontières intérieures, réveillant un potentiel en moi dont je ne savais pas qu’il existait. Tu m’a donné de la confiance en moi-même et beaucoup de force.
Ne te laisse jamais apprivoiser par les hommes.

Sur le sentier même je n’ai pas pu faire des photos, mais un peu plus loin, sur la route, j’ai pu prendre ce cliché du “lieu du drame”.

La flèche du haut indique le sentier, la flèche du bas la plateforme.


vendredi 1 mai 2015

La pluie

Aujour'hui, j'ai droit à la grosse pluie interminable tant redoutée  - à juste titre - par les randonneurs.

Gamin avance mal, il se  laisse traîner et tirer. Au bout d'un moment, nous voici comme des éponges trempées à ras.
Arrivée au col de Rousset, j'espère y trouver un refuge, un gîte, ou quoi que ce soit. Mais que dalle! C'est une station de ski et comme la saison est finie, les gros bâtiments moches forment un hameau fantôme.
Et en bonus: la route vers Chamalot mène à travers un grand tunnel de presque 2 kilomètres. Impossible avec l'âne. ( même pas tout seule)

Un homme en voiture  à qui je voudrais  demander le chemin prend la fuite. Je parviens finalement à reperer un autre homme qui m'accorde la permission de planter ma tente près d'un chalet pour y passer le reste du jour et de la  nuit. Il m'explique aussi comment trouver un  chemin pour contourner le tunnel. 

Je sors la tente sous la pluie battante. Elle est encore mouillée par la givre de la nuit de gel à Lentes. Heureusement, à l'intérieur ça va, c'est un peu humide, mais je parviens à sècher avec du papier Q. 

J'ai du mal à sortir de mes habits mouillés. Eux, ne sècheront pas. Demain, je vais devour rentrer dans les pantalons ihibiés de flotte.

Mais bon, il y a la 3G, je me fais in café sur le rechaud, alors prenons les choses avec Philosophie.

Aldo...jusqu'à present, je ressentais toujours son petit coup de pouce pour écarter les nuages de mon chemin. Mais je suppose qu' il ne peut rien contre un gros front pluvieux à dimensions nationales, voire continentales.